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lundi 11 octobre 2021

ARTISTES DIVERS ~ Jazz et chanson (2ème partie) [H.M.C. 2021]


La deuxième partie de ce florilège consacré aux amours coupables du jazz et de la chanson française commence en 1950 avec un musicien qui incarne encore aujourd’hui toute la joie et l’insouciance de la Libération. Accueilli comme un héros au festival de jazz de Paris de 1949, Sidney Bechet s’installe définitivement en France, s’y marie. Sa popularité va dépasser tout ce que la France avait connu dans le domaine du jazz avant lui. Il forme de nombreux jeunes musiciens qui sans lui n’auraient probablement jamais pensé à faire carrière dans la musique. À ma connaissance, il n’a jamais au cours de sa carrière française accompagné de chanteuse française (sauf au cinéma), mais lorsque le contexte s’y prêtait, il ne dédaignait pas pousser la chansonnette, chantant dans le créole de la Louisiane de son enfance. Dans le morceau qui ouvre ce florilège, il délègue ce rôle à ses musiciens.  Au cours des années 60, le jazz devient une musique plus institutionnelle et perd le côté sulfureux qu’elle avait encore avant et pendant la guerre. L’audace et le scandale sont désormais à chercher du côté du rock'n'roll naissant. Malgré cela, certains chanteurs gravent quelques faces fortement agrémentées de jazz, c’est le cas, par exemple, de Serge Gainsbourg et de Marie Laforêt. Marie illustre d’ailleurs la pochette de cette compilation. Mais allez-vous deviner qui l’accompagne sur la photo ? Pour d’autres chanteurs, le jazz reste un habillage destiné à poser une ambiance, citons ici Enzo Enzo et Liane Foly, mais c’est également le cas de certains titre d’Alain Chamfort ou d’Etienne Daho. Plus près de nous, une mutation intéressante se fait jour. Alors que jusque là, c’étaient les chanteurs ou leurs producteurs qui convoquaient les musiciens de jazz à des séances de studio, le phénomène s’inverse. Ce seront désormais les jazzmen les plus en vue qui vont proposer des collaborations à des chanteurs. Christophe grave ainsi un morceau qui va changer sa vie avec le trompettiste Erik Truffaz. Ibrahim Maalouf, quant à lui, multiplie les collaborations avec chanteurs, rappeurs, avec Natacha Atlas et avec l’excellent groupe d‘electropop Madame Monsieur. Mais la grande vedette de ce florilège, c’est bien sûr l’immense Claude Nougaro. Toute sa vie, Claude va s’entourer des meilleurs jazzmen français, notamment Eddie Louiss et Maurice Vander. Et plus tard avec Didier Lockwood. Il multiplie les reprises des standards de Neal Hefti, Dave Brubeck, etc. et fait découvrir cette musique à une nouvelle génération de mélomanes trop jeunes pour avoir connu le jazz d’avant-guerre ou de la Libération. On entend Claude Nougaro deux fois dans cette compile. Sur Dansez sur moi, version française du standard de Neal Hefti popularisé par l’orchestre de Count Basie, puis dans Le K du Q repris par les fous furieux de NoJazz, avec la bénédiction du génial poète toulousain. C’est ensuite la canadienne anglophone Andrea Lindsey qui lui rend hommage sur Le Jazz et la java, une reprise de Dave Brubeck. Cet épisode de Jazz en France étant consacré à la rencontre du jazz et de la chanson française, les chansons sont en français. J’ai toutefois fait deux exceptions. Une pour Jane Birkin, dont personne ne contestera le statut de Grande Dame de la chanson française, qui retrouve ici sa langue maternelle. L’autre provient de l’Opéra jazz du trompettiste Eric Le Lann chanté en breton, cette langue étant bien sûr un élément fondamental de la richesse culturelle française.

ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!] 


 

01 - Sidney Bechet - Madame Bécassine (1950)
02 - Serge Gainsbourg - Du Jazz Dans Le Ravin (1958)
03 - Marie Laforêt - Saint-Tropez Blues (1960)
04 - Claude Nougaro - Dansez Sur Moi (Girl Talk) (1973)
05 - Elisabeth Caumont -  Chet Baker Mon Amour (1989)
06 - Enzo Enzo - La Moitié D'Une Pomme (1993)
07 - Liane Foly - Laisse Pleurer Les Nuages (1993)
08 - Marie Möör (avec Barney Wilen) - Tu Ne Sais Pas Aimer  (1993)
09 - Jane Birkin & Jimmy Rowles - These Foolish Things (1997)
10 - NoJazz (avec Claude Nougaro) - Le K Du Q (2004)
11 - Manu Lann Huel, Marthe Vassallo, Eric Le Lann - Liv (2005)
12 - Christophe & Erik Truffaz - L'Un Dans L'Autre (2007)
13 - Matthieu Chedid & Ibrahim Maalouf - Bizarre (2009)
14 - Stacey Kent - Ces Petits Riens (2012)
15 - Andrea Lindsay - Le Jazz Et La Java (2016)
16 - Erik Truffaz Quartet (avec Oxmo Puccino)- Le Complément Du verbe (2016)
17 - Madame, Monsieur avec Ibrahim Maalouf - Morts Ou Vifs (2016)
18 - Sarah Lancman - À Contretemps (2018) 
19 - Jazzy Bazz avec Manu Katché - Paris Me Manque (2019)

 COOL 209

 

mercredi 6 octobre 2021

NEIL YOUNG ~ Carnegie Hall 1970 [2021]


4 Way Street de Crosby, Stills, Nash & Young est l'un des trois premiers albums que je me suis offert. J'avais huit ans, c'est vous dire si ça commence à dater! Depuis plusieurs décennies (quand même), Neil et moi, nous sommes pour ainsi dire en froid. Je trouve que ses disques sont bien pires que mauvais, ils me semblent tous plus ennuyeux que le précédent. C'est bien triste pour un type qui ne savait rien faire d'autre qu'enfiler les perles rares sur des fils d'or (et ça ne me console guère de savoir qu'il n'est pas vraiment le seul à gnognoter du bulbe). Depuis des lustres, sa seule bonne idée fut de nous ouvrir les portes de ses archives. Le dernier bijou en date s'avère être ce concert au Carnegie Hall (circa 1970). La simple lecture de la set list donne davantage de frissons que l'écoute de ses dix (ou quinze ou vingt, je ne sais plus) derniers albums. C'est un show tout en coolitude. Le gars est seul avec sa gratte ou son piano de saloon et fredonne en toute décontraction, comme s'il ignorait que la plupart de ces chansons ressemblent à d'improbables merveilles. Il n'y a pas grand baratin à ajouter, juste se caler dans son fauteuil préféré et se laisser absorber par la délectation.

Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!]    

01 - Down By The River
02 - Cinnamon Girl
03 - I Am A Child
04 - Expecting To Fly
05 - The Loner
06 - Wonderin'
07 - Helpless
08 - Southern Man
09 - Nowadays Clancy Can’t Even Sing
10 - Sugar Mountain
11 - On The Way Home
12 - Tell Me Why
13 - Only Love Can Break Your Heart
14 - Old Man
15 - After The Gold Rush
16 - Flying On The Ground Is Wrong
17 - Cowgirl In The Sand
18 - Don't Let It Bring You Down
19 - Birds
20 - Bad Fog Of Loneliness
21 - Ohio
22 - See The Sky About To Rain 
23 - Dance Dance Dance

COOL 208 

  

 

mardi 28 septembre 2021

VARIOUS ARTISTS ~ I’ll Be Your Mirror - A Tribute To The Velvet Underground & Nico [C. 2021]

Il y a tout ce que j'aime dans l'album original, des jolis bibelots jusqu'aux objets les plus décadents, mais j'ai tant abusé de ce disque génial que je ne peux plus guère m'y aventurer... Pour la énième fois, une bande d'arsouilles tentent de recréer la potion magique. Evidemment, c'est peine perdue, mais c'est amusant le temps que dure l'expérience. Chacun y va de sa petite facétie et l'ensemble est plutôt de bonne tenue.

Jimmy JIMMY [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!]

   

01 - MICHAEL STIPE - Sunday Morning
02 - MATT BERNINGER - I’m Waiting For The Man
03 - SHARON VAN ETTEN - Femme Fatale
04 - ANDREW BIRD - Venus In Furs
05 - KURT VILE - Run Run Run
06 - ST. VINCENT - All Tomorrow’s Parties
07 - THURSTON MOORE - Heroin
08 - KING PRINCESS - There She Goes Again
09 - COURTNEY BARNETT - I’ll Be Your Mirror
10 - FONTAINES D.C. - The Black Angel’s Death Song
11 - IGGY POP - European Son
12 - KURT VILE - Run Run Run (Radio Edit)
MP3 (320 kbps) + front cover  

jeudi 23 septembre 2021

BERNARD DIMEY ~ La Mer A Boire [C. 1991]


 

La Tamise

Voilà bientôt vingt ans que je me beaujolise
Dans tous les mauvais lieux ouverts après minuit.
Je commence à pencher comme la tour de Pise,

Je m’accoude au Pont-Neuf… la Seine va sans bruit
Et je dis au clochard « Tu vois, c’est la Tamise ».

Alors on va s’asseoir, on fouille un peu ses poches,
On parle d’Henry IV et d’un certain troquet
Qui reste ouvert la nuit
Et qui n’est pas trop moche
A cinq ou six cents mètres là-bas sur les quais,
Et on a le cœur pur comme un cristal de roche.

Le désir impérieux de raconter sa vie,
Son service militaire, ses embarras d’argent,
Son besoin d’amitié, la jeunesse… partie…
La connerie surtout de la plupart des gens,
Le rouquin renversé et que la manche essuie…


Alors on se relève, on longe les murailles,
On s’en va jusqu’au Louvre et jusqu’à l’Opéra,
On a la jambe molle et la voix qui s’éraille…
On va retourner boire ! … Lequel des deux paiera ?
On a l’œil un peu vague et le sang qui se caille…

A sept heures du matin, au métro Pyramides
Un loufiat mal luné met ses tables dehors.
On dit n’importe quoi… j’ai les yeux tout humides,
Mon copain de la nuit a l’air d’être ivre mort ;
Je le laisse tout seul achever son suicide…

Voilà bientôt vingt ans, peut-être davantage,
Que je fais le guignol à n’importe quel prix
Entre le delirium, la sagesse et la rage.
Revenez donc me voir quand vous aurez compris
Et ne condamnez rien avant d’avoir mon âge.

 

Cet été, j’ai rencontré Bernard Dimey, qui, hélas, ne se « beaujolise » plus depuis quarante ans maintenant (les beaujolais, qui ont encore parfois mauvaise réputation, gagnent à être connus, croyez-moi ; et je n’en boirai plus un sans penser à lui). Et grâce à qui ? Une fois encore, à ma station de radio préférée, qui accueillait la remarquable série Les Grands Macabres de Bertrand Dicale. Si ma prose vous saoule, vous pouvez écouter ici la chronique consacrée le 1er juillet dernier à cet « évangéliste de la biture » décédé bien prématurément pour la raison que l’on devine… Réduire Bernard Dimey à une figure de pochetron aussi sympathique que folklorique constituerait cependant une profonde méprise. Si le texte que j’ai tenu à faire figurer en exergue de ce billet ne vous a pas convaincu que nous avons affaire à une plume majeure, autant en arrêter là… Une plume dont sont sorties quelques chansons célèbres (ainsi que beaucoup d’autres, moins connues) dont ne vous soupçonniez même pas l’auteur (rassurez-vous, moi non plus, avant de me renseigner sur le personnage) : Mon truc en plumes ? C’est lui ! Et c’est fin saouls, selon la légende, que Bernard Dimey et Henri Salvador chercheront à créer « la plus jolie chanson du monde » en y parvenant presque : ce sera Syracuse. Une voix aussi. On peut lire les textes de Dimey, mais, et c’est apparemment moins connu, il en a enregistré aussi. D’une voix tour à tour profonde, gourmande, espiègle qui vous conte l’amer à boire, la mort qui approche, un Paris qui n’était déjà plus ce qu’il avait été, les abîmes et les sommets de la soulographie ; qui dresse des autoportraits pleins de lucidité et d’auto-dérision, campe des personnages pittoresques ou dézingue les institutions avec un humour parfois potache, sur des accompagnements minimaux et respectueux d’accordéon, d’orgue de barbarie, de piano, de guitare ou de violon. Avec un regard tour à tour distancié, clairvoyant ou amoureux, sur le monde et les drôles d’êtres dits « humains » qui le peuplent. Bernard Dimey contemple toute cette agitation d’un air goguenard, pour en conclure que « quand on n’a rien à dire et du mal à se taire, on arrive au sommet de l’imbécilité ». Ce type-là, qui avait tant à dire et l’aura si bien dit, j’aurais vraiment aimé le rencontrer.

AREWENOTMEN? [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!] 


 

01 - Ivrogne Et Pourquoi Pas?

02 - Au Lux-Bar

03 - La Tamise

04 - L’Hippopotame

05 - Je Vais M’Envoler

06 - Quand On N’A Rien A Dire

07 - Paris Mon Camarade

08 - Si Je Tombais Dans La Misère

09 - Les Enfants De Louxor

10 - Le Zoo

11 - Le Chauffeur De Taxi

12 - Le Quartier Des Halles

13 - C’Est Noël

14 - 40 Ans

15 - J’Aurai Du Mal A Tout Quitter

16 - Les Vieillards

17 - L’Enfance

18 - Je Ressemble Aux Poissons

19 - La Musique Militaire

20 - Le Regret Des Bordels

21 - Si Monseigneur Voulait

22 - Les Folles

23 - Les Invalides

24 - Monsieur Le Duc

25 - Je Finirai Ma Vie A L’Armée Du Salut

26 - La Peau Des Dents

27 - Je Sens Qu’il Va Falloir

MP3 (320 kbps) + artwork & booklet 

COOL 206