ARCHIVES

jeudi 21 mars 2019

MORGAN HOWELL ~ Plus grands que nature...


Je sais que certains d'entre vous préfèrent la presse british ou ricaine, mais, personnellement, je suis heureux d'être demeuré fidèle à mon bon vieux Rock & Folk. Et figurez-vous que j'y apprends encore quelques machins. Pas plus tard que dans le nouveau numéro fraîchement paru, j'ai découvert un peintre : Morgan Howell. Le truc de ce génial fada, c'est de peindre (entièrement à la main) des 45 tours (les pièces emblématiques de la pop anglaise) plus grands que nature (certains formats vont jusqu'à 75 X 75 centimètres). Il peint principalement des pièces sans photo, mais avec le logo du label, le macaron central, la pointe métallisée, sans oublier l'usure du sacré saint objet. Il a réalisé une centaine de toiles en dix ans et beaucoup sont restés dans la famille, puisqu'elles ont été achetées par des musiciens. Oui, c'est encore de la nostalgie en barre, mais je la trouve particulièrement jouissive ! (Voir interview en bas de page...)
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]         







 

dimanche 17 mars 2019

LUTHER RUSSELL ~ Medium Cool [2019]


"This time it’s for real."
Les trois premières mesures te font dresser les poils des avants-bras mais tu te méfies tu te dis hé mec me la joue pas comme ça, ça va pas marcher ton truc. Qui a besoin d’un énième Big Star Tribute album/artist/clone ? Accessoirement tout le monde, même ceux qui ne le savent pas, mais ça m’arrange pas pour le pitch. On va donc dire personne. Ça tombe bien, si Deep Feelings semble tout droit sorti de Radio City… Stop ! "Deep Feelings semble tout droit sorti de Radio City" : celle-là je la coule dans la résine et je l’installe tout en haut de l’étagère à clichés, bordel de merde mais qu’est-ce qui m’arrive, je perds mes moyens… OK, plus de pitch va falloir improviser. Et faire vite, vu que pour l’Album de l’Année Jurado réglera son compte à tout le monde mi-avril et que Bob Mould est passé par là. Je me dis, en pensant à la proposition de Zocalo, que je l’ai ma musique classique. En l’occurrence les critiques honnêtes utiliseraient le terme "Instant classic" s’ils jetaient ne serait-ce qu’une oreille à ce truc. Ils vont peut-être le faire je n’ai aucune idée de l’impact médiatique éventuel de Luther Russell, le bonhomme je m’y suis pas trop intéressé, j’avais bien essayé deux-trois trucs de lui mais ils ne m’avaient pas laissé de souvenir impérissable. Ceci-dit j’envisage d’y retourner vu la série de claques (dix exactement) que je viens de recevoir à l’écoute de Médium Cool qui lui même contient dix morceaux, ah ouais tiens le compte est bon. [NDLR et de dernière minute : je suis retourné voir du côté de The Invisible Audience (2011) le précédent disque officiel du bonhomme. J’ai bien fait.] Si ça se trouve Luther Russell est une Superstar aux States mais à mon avis c’est pas gagné. Je ne vais donc pas vous la faire genre le gars je l’ai flairé super tôt et jamais il m’a déçu et aujourd’hui vient le moment de le livrer à vos oreilles ébahies. Pas de ça ici. Je vais pas non plus vous bassiner avec des lyrics supposés malins, drôles et plein de références obscures, vous connaissez la maison c’est un pré-requis. Tout comme la mention de… stop, j’arrête. Alors bien sûr ce duo qu’il forme en parallèle avec Jody Stephens mériterait qu’on le mentionne pour la légitimité mais comme ça n’explique pas tout, ce léger parfum de Twilley Band par exemple et entre autres, je fais l’impasse. Sachant qu’en plus le batteur ici n’est pas plus Stephens que Phil Seymour, forcément, mais bien Derek Brown expert-métronome de la maison Eels. Il est d’ailleurs intéressant de noter (puisque je vous le dis !) qu’alors qu’en tant que multi-instrumentiste reconnu Russell pourrait se démerder tout seul c’est rien de dire qu’il est ici plutôt bien entouré mais je veux pas rajouter au bordel ambiant, je clos le chapitre. Assez de verbiage et place à la mauvaise foi inhérente à toute chronique postée dans une maison sérieuse, il est temps. Nous voilà donc avec un véritable prétendant au titre d’Album de l’année qui pourrait postuler a-posteriori (ça en fait des post…) pour le titre en 72 ou 78. Vous avez bien lu, 72 et pas 74, parce qu’en fait si Deep Feelings ressemble au petit-neveu de O My Soul le reste du disque mérite la mention de #1 Record, ironie incluse, jamais ce truc n’atteindra un Top quelconque en dehors de chez moi et chez vous mais ça vous ne le savez pas encore (vous le découvrirez dans pas longtemps j’ai bientôt fini.) A moins que… et là j’espère bien que quand Luther Russell sera devenu une Superstar planétaire ou aura fini dans la déprime et la misère les plus totales avec faillite de la maison de disques incluse (mais attention c’est pas gagné ça non plus, artiste-maudit c’est pas donné à tout le monde) vous vous souviendrez de l’endroit où vous aurez lu son nom pour la première fois. Sauf si c’est pas ici bien sûr, là vous ferez comme bon vous semble, c’est juste que vous auriez pu prévenir. Non, le seul truc qui me chiffonne un peu dans ce disque c’est son titre. Medium Cool je vois bien ce que tu veux dire Luther et c’est certainement tout à fait adapté mais c’est pas très vendeur par ici. Pour y remédier, avoue que le jeu en vaut la chandelle, j’ai pensé à un truc : coller sur la pochette un sticker qui dirait "10 Absolutely Cool Instant Classics". T’en penses quoi ?
Everett W. GILLES (Vous prendrez bien le temps d’un petit commentaire !)


01 - Deep Feelings
02 - Can't Be Sad
03 - The Sound Of Rock & Roll (Remaster)
04 - Corvette Summer
05 - At Your Feet
06 - Have You Heard ?
07 - Sad Lady
08 - Talking To Myself
09 - Blue Balloon
10 - Can't Turn Away
MP3 (320 kbps) + front cover




jeudi 14 mars 2019

MARIACHI REYNA DE LOS ANGELES ~ Mariachi Reyna De Los Angeles [2018]



Vous n'allez pas le croire, mais il existe en Amérique latine des styles musicaux dont je ne vous ai jamais parlé. Comment ? Mais quel scandale ! Mais que fait la police interstellaire ? Est-il bien nécessaire de nous saouler de jazz français et de musique classique pour nous laisser dans l'ignorance de styles aussi fondamentaux que la milonga et les mariachis ? Pour la milonga, une musique rurale argentine, il vous faudra patienter encore un peu. Mais pour les mariachis, alléluia !!! C'est aujourd'hui. Laissez-moi une seconde pour rejoindre le tableau noir et je vais commencer mon exposé. Un peu de silence, s'il vous plaît ; le style mariachi est une musique de fête originaire de l'état de Jalisco (capitale Guadalajara), sur la côte ouest du Mexique. Le même nom désigne également l'orchestre et les musiciens qui le composent. A l'origine, il s'agissait d'une musique jouée exclusivement dans les mariages. Le mot "mariachi" dérive d'ailleurs du français "mariage", signe de l'influence française au Mexique dans la première moitié du 19ème siècle. De nos jours, les mariachis ont conquis l'ensemble du territoire mexicain, et même au-delà, comme nous allons le voir. Au cinéma, dans la publicité et dans l'imaginaire populaire, cette musique symbolise le Mexique. Sur la place Garibaldi, au cœur de la capitale mexicaine, des dizaines d'orchestres mariachis jouent pour les fêtes, les anniversaires et les touristes de passage, pour quelques dizaines de pesos. Le jour des morts, le 2 novembre, les mariachis louent leur services pour jouer aux défunts leurs morceaux préférés. Première particularité, Mariachi Reyna de Los Angeles n'est pas un orchestre mexicain. Il est basé en Californie et si tous ses membres sont d'origine latine, un seul est de nationalité mexicaine, Jeanette Martinez. Deuxième surprise, et ce n'est pas la moindre, Mariachi Reyna de Los Angeles est uniquement composé de femmes. D'où la présence du mot "Reyna". Troisième caractéristique, cet orchestre est l'un des meilleurs qui m'aient été donné d'entendre dans ce syle. Ces dix musiciennes interprètent avec un professionnalisme rare une musique ancrée dans la meilleure tradition des mariachis mexicains, la rigueur en plus. La mise en place, en particulier, est un exemple à suivre pour nombre de leurs collègues masculins.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 


01 - El Pitayero [The Pitaya Cutter]
02 - Ingratos Ojos Míos [My Ungrateful Eyes]
03 - Popurrí De Chihuahua [Chihuahua Medley]
04 - Son De La Luna [Son Of The Moon]
05 - Te Llegará Mi Olvido [My Oblivion Will Find You]
06 - Lindo Tlaquepaque [Pretty Tlaquepaque]
07 - A La Luz De Los Cocuyos [To The Light Of The Fireflies]
08 - Quiéreme Mucho [Love Me A Lot]
09 - Terrequeteque
10 - Arrepentida [Regretful]
11 - Popurrí Joan Sebastián [Joan Sebastián Medley]
12 - Querreque 
MP3 (320 kbps) + front cover



 

mercredi 13 mars 2019

Bye, Hal, and thank you...


Hal Blaine, l'homme aux baguettes magiques, l'immense batteur du Wrecking Crew, nous a quitté pour rejoindre les étoiles. "Puisse-t-il reposer pour toujours sur le deuxième et quatrième temps de la mesure" a posté sa famille. "Je suis tellement triste, je ne sais pas quoi dire. Hal était un si extraordinaire musicien et ami que je n'arrive pas à trouver mes mots. Hal m'a beaucoup appris et il est tellement lié à notre succès - c'était le plus grand batteur. On a tellement ri aussi. Plein d'amour" a commenté Brian Wilson. Que dire, en effet, d'un tel homme, connu pour avoir joué sur quelque 35000 chansons ! Fouillez donc dans votre discothèque, il y en a forcément plusieurs centaines dont le rythme inouï vous aura bouleversé, un jour... Vraiment, merci pour tout, l'ami.




mardi 12 mars 2019

Mot à mot sur la bouche [feuilleton par Jimmy Jimi] # 3



   Hardi petit ! Il n’y a point de répit pour les braves, c’est donc reparti pour un tour de manège infernal : les voyageurs de l’extrême poussent fort dans la mêlée, s’écrasent les arpions sans vergogne, hurlent généreusement, poulopent dans tous les sens, s’expédient dans les pommes – et plus si affinités ! On dirait un marathon ésotérique de volailles décapitées ! Est-ce, ainsi, le grand carnaval sauvage tous les fichus jours ou m’a-t-on particulièrement gâté pour mon entrée dans le grand monde ? Tous ces malheureux doivent être déjà bien harassés avant même d’avoir franchi la moindre porte de bureau ou d’usine. Je comprends mieux le discours de mon voisin concernant les petits plaisirs matinaux. C’est sûr que lorsqu’on se lance dans pareille aventure, on n’est jamais certain d’en revenir indemne. Ô ! chers lecteurs, ô ! les gens, j’ai comme l’impression que vous vous êtes fait rouler dans une bien étrange farine ! Quel est donc ce cadeau qu’on vous a offert-là, cette vie qu’on vous a donnée pour, presque aussitôt, vous dire qu’il fallait la gagner ? Je n’aspire même plus à voir Jérémy reprendre sa plume, je ne souhaite qu’une seule chose : pouvoir m’allonger tranquillement, ne serait-ce qu’une poignée de minutes, sur un tout petit bout de cervelle !
   Au moins, je pensais que nous allions gagner la sortie pour respirer un peu d’air frais. Je t’en fiche ! Jérémy pénètre dans un labyrinthe plein de couloirs obscurs, de tapis roulants (vers je ne sais où) et d’escalators retors. Les pieds sont inutiles, il suffit de se laisser soulever par la foule en délire. Après le train de banlieue, je découvre donc les supplices raffinés du métropolitain. En fait, il n’y a là rien de bien original, c’est juste la même bagatelle en pire. Dans le wagon surchargé, un individu vient se coller à Jérémy pour un improbable slow ! Avec ou sans la délicieuse Bobbie Gentry, je ne crois pas qu’il soit passé sous la douche, ce matin. L’odeur de sa transpiration est si acide qu’elle m’expédierait facilement dans les vapes, si le boucan qui s’échappe de ses oreillettes ne m’empêchait de m’évanouir. J’échangerais volontiers ces infâmes stridences contre deux beugleurs au téléphone et trois philosophes de comptoir. On dirait un concerto pour perceuse électrique et marteau piqueur sur lequel s’époumonerait un aliéné ! Le gars écoute cette monstruosité en multipliant les grimaces effrayantes. Je me demande quelle rédemption espère ce pauvre bougre pour s’infliger semblable souffrance !
   Les stations défilent comme une interminable succession de points de suspension. Il n’y a rien d’autre à faire que d’encaisser les secousses et de prendre son mal en patience. Jour après jour, j’en ai peur, cela doit fendiller le cerveau et dénaturer le cœur…  

   La pluie est revenue pendant que nous roulions péniblement au milieu des entrailles de la terre. Elle nous lave de toutes nos petites poussières grises. Même s’il est chagrin, cela fait du bien de revoir un bout de ciel avec son trio de nuages qui glissent au ralenti. Tout en marchant, Jérémy pense aux douces jumelles de Kyôto ; il ne lui restait qu’une trentaine de pages à savourer pour connaître la fin de leur histoire, mais les circonstances l’ont bloqué sur le même paragraphe. Je sens la frustration qui asticote son cerveau fatigué et la mauvaise humeur qui gagne toujours davantage de terrain.
   Jérémy s’arrête devant un immeuble imposant situé au 46 bis rue Saint-Maur, dans le 11ème arrondissement de la capitale. Il s’agit de la Réserve Centrale des bibliothèques de la Ville de Paris. N’essayez pas de nous y rejoindre, amis lecteurs, l’endroit n’est pas accessible au public. Je crains que nous soyons de nouveau privés de la lumière du jour, car mon créateur descend dans les bas-fonds du monstre où sa responsable l’attend. 
   « Ah, Jérémy, toujours fidèle au poste et presque ponctuel malgré la grève ; ça s’arrange un peu, non ?
   – Mon train est arrivé à l’heure, mais il y a encore beaucoup de suppressions, tous les wagons étaient archi-bondés.
   – Je vous présente Madeleine, elle vient pour renforcer l’équipe, c’est sa première expérience. Vous êtes le plus ancien dans notre belle maison, je vous laisse donc le soin de la former, vous avez l’habitude… »
   La jeune et rouquine Madeleine est bien moins jolie que la fille de la photographie ou que Bobbie Gentry, mais elle ne manque pas de charme. On dirait qu’elle essaye de sourire mais que sa timidité bloque tout au niveau des yeux.  
   « Nous sommes donc à La Réserve Centrale, dit Jérémy en prenant sa plus belle voix de guide touristique. Dans les années 80, elle abritait un concessionnaire automobile ! Ici, vous ne trouverez pas moins de 175 000 livres répartis sur 5 kilomètres de rayons ; j’espère que vous aimez la marche à pieds ! C’est la plus grande collection de la capitale, elle s’étend sur 1500 m2. Par manque de place, tous les ans, les 57 bibliothèques de la Ville de Paris se séparent de plusieurs milliers de documents. C’est triste à dire, mais, ici, c’est un peu le cimetière des éléphants (les collègues des bibliothèques de quartier nous appellent : « les fossoyeurs de la Rue Saint-Mort (m.o.r.t.) »). Certains ouvrages qui atterrissent chez nous ne retrouveront jamais preneur, plus jamais ils ne seront caressés et plus jamais ils ne pourront émouvoir qui que ce soit… [En écoutant ces mots terribles, je ne peux m’empêcher de lâcher une grosse larme et de trembler comme une feuille (que je suis, tout là-bas, recroquevillée dans un tiroir secret, à côté d’un canapé sur lequel un gros matou doit encore ronfler tout son soûl sans se soucier (tiens, je fais des allitérations !) ni des dieux, ni des hommes, ni du destin des livres oubliés.] Il y a pire encore, reprend Jérémy avec des trémolos dans la gorge, les capacités de stockage de la Réserve ne sont pas illimitées ; nous nous rapprochons dangereusement de notre seuil de tolérance et, d’ici une poignée d’années, nous seront bien obligés, nous aussi, d’effectuer un vilain tri. J’ignore où tous ces pauvres livres finiront leur course folle, dans quelque bibliothèque de province désargentée ou directement à la benne à ordures, à moins qu’ils ne soient expédiés dans de lointaines cavernes, comme dans L’Avortement, le merveilleux roman de Richard Brautigan [Décidemment, il est à l’honneur, celui-ci.] !  
   – C’est vrai que vous êtes le plus ancien, ici ?
   – Et de très loin. Personne n’a jamais passé le concours de bibliothécaire ou d’assistant pour se retrouver claquemuré dans les abîmes d’un parking géant surchargé de bouquins abandonnés. A la moindre opportunité, ils filent tous ventre à terre pour regagner la lumière. Moi, je suis un vieux sentimental doublé d’un imbécile, il me répugne de laisser ces malheureux sans quelqu’un qui les aime ! C’est bien peu de chose, mais, une fois par mois, je délaisse mes auteurs favoris et les chefs-d’œuvre connus et reconnus pour emporter un de ces déclassés à la maison.