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lundi 25 avril 2022

THE LYRES ~ Lucky seven [C. 2017]


 

Le disquaire de Madrid avait eu le bon goût et la gentillesse de joindre un petit bonus à la commande d’une réédition du magnifique quatrième album de Télévision Personalities : The Painted world. Le CD scotché dans son plus simple appareil indiquait : Lucky seven / The Lyres sur Munster Records. C’était mon jour de chance, effectivement, mais quelle idée de connecter les TV Personalities et les Lyres et de tomber pile sur le clampin qui adore les deux. Cet événement devait m’inciter à un travail d’introspection avancé sur le sens que je  devais donner à cette incohérente fuite en avant discographique. Le jour suivant, un de mes acolytes  avouait en dévoilant notre set list à base de covers des Groovies et consorts à un jeune gratteux talentueux : "Tu sais, on n’écoute pas ça tous les jours, d’ailleurs personne ne connaît vraiment ces morceaux... comme cela on peut faire croire qu’ils sont de nous,  malin !" Le bougre n’en connaissait effectivement aucun à par Harlem shuffle et encore à cause de la version des Stones qui n’arrive pas à la cheville de celle de Bob and  Earl. OK me suis-je dit, il veut recruter le jeunot en évitant de nous faire passer pour une bande de Cromagnons comme les Troggs, mais comment va réagir le puceau à l’écoute de ces perles ? Pendant que mon pote fanfaronnait en expliquant qu’il écoutait plutôt de l’americana, j’avouais piteusement que mon spectre musical était plus étendu que cela. La semaine suivante, notre jeune Mick Taylor qui avait potassé le répertoire me lâchait après avoir giclé le solo de Strychnine : "putain, j’adore ce morceau !" Tu parles ! c’est du rock garage, la honte ! Mais pour moi, c’est juste du rock'n'roll qui me fait le même effet que Be bop  a  lula  ou Johnny B. Goode. Dans le dernier numéro de Rock & folk, le magazine de vieux qui fait croire qu’il s’adresse au jeunes, j’ai trouvé que Nick Kent n’avait pas très bonne mine, affublé d’un bonnet de nuit, il semble pantoufler dangereusement dans un appartement rococo minimaliste couvé par le regard  bienveillant de Ian Curtis et Charlie Manson placés sur la devanture de sa petite bibliothèque. "Le rock n’oscille plus, il stagne… John Lydon est un connard, Lou Reed n’est pas sympa , Iggy est cool" et de nous (re)servir la sempiternelle fable du punk rock qui terrasse le prog boursouflé et le rock californien cocaïné. Alors que c’est totalement faux, tous les Supertramp, Queen, Toto, Fleetwood Mac, Eagles, Yes, Genesis, ELO Foreigner... et j’en oublie tellement ils étaient nombreux et je ne parle pas du disco qui était à son pic, n’ont jamais vendu autant de disques qu’à cette époque et continué de prospérer dans les années 80 alors que le punk était déjà moribond en 1978. Bref on n’apprend pas grand-chose de nouveau sauf que Sticky fingers est un chef-d’œuvre parce que  TOUTES les chansons de l’album sont des chefs-d’œuvre ! Alors là,  je tire mon chapeau à N.K. pour cette brillante analyse partagée. Rachel Nagy des Detroit Cobras viens de nous quitter. Une vie en rock pour dame Rachel ! Sonnez trompettes, résonnez haut bois, moussez binouzes en hommage à la déesse trash des reprises improbables! Pour dénicher des covers aussi pointues, il n’y avait guère que les Cramps, mais c’était avant Internet. A propos d’Internet me voici converti au téléchargement illégal à base de séances de masturbation quotidiennes. Hier, j’ai rentré Street rats de Humble Pie et le troisième album de Jojo Gunne : Jumpin’ the Gunne (disque du mois de juin 1973 dans Best) que je trouve très bien et que je vais commander en vinyle chez le revendeur le plus compétitif. Je dois être  complètement con de faire ça, mais je ne peux pas m’en empêcher. On t’as dit que c’était GRATUIT ! t’es bouché ou quoi ?! Avec la hausse du pétrole, les vinyles sont hors de prix, mais c’est aussi devenu un placement spéculatif comme les vieilles grattes; je viens de découvrir que l’album Maybe tomorrow des Iveys (Pré Badfinger) pressé par Apple en Italie que j’avais dégoté pour moins de 30 francs dans un bac à promos valait maintenant plus de 700 € Ouah ! En plusmon exemplaire est mint, vu je ne l’ai pratiquement jamais écouté. Je vais devoir réévaluer le niveau artistique de cette pépite au regard de sa nouvelle valeur marchande. Best ressort en version trimestrielle apprends-je en feuilletant Les Echos, la feuille de choux très Rock ‘n’roll. L’investisseur suisse qui possède les droits du magazine Playboy pour l’Europe a décidé de relancer la célèbre marque en confiant la direction artistique du journal au double félon Patrick Eudeline qui avait  jadis prêté allégeance à l’ennemi R & F. Le concept reste assez fumeux puisque le magazine se présente comme un mook (traduire magazine-livre) à collectionner et d’un site internet gratuit servant de vitrine à un concours de radio crochet en version papier ! Le propriétaire David Swelaens-Kane (ne pas confondre avec Citizen Kane) nous explique : "les entrepreneurs sont les nouvelles rock-stars, pour moi Elon Musk est le nouveau Bob Dylan..." Quel crève-cœur pour tous les inconditionnels de Best dont je fis parti. Heureusement, Dita Von Teese est en couverture et peut être sur le poster ? L’important étant de créer des synergies avec le magazine Playboy pour respecter le business plan. Je serai à votre place, je m’empresserai de casser mon livret A pour tout miser sur ce nouveau canard qui va rapporter gros. Le rock est tombé dans un vide intersidéral, ce n’est pas Hawkwind qui peut nous le ramener. Jump blues, rockabilly, rythm'n'blues, rock'n'roll, british beat, freakbeat, garage punk, classic rock, hard rock, boogie rock, southern rock, country rock, soft rock, space rock, krautrock, glam rock, pub rock, punk rock, new wave, psychobilly, power pop... tout cela, c’est juste la même crème glacée à la chantilly à sucer goulûment en remuant la tête ou le postérieur, puis vous revenez le lendemain et vous demandez un nouveau parfum au crémier. Zappa, il me flanque mal à la tête  parfois,  Nico me fout les jetons, mais aujourd’hui je n’ai plus aucun groupe à vomir ni à aduler, le rock est devenu aussi triste, que la tête de Nick Kent. Lester Bangs disait que le rock'n'roll était une blague, un tas de conneries, un accident de l’histoire. "Cette blague ne pourra jamais se dessécher car c’est la super vanne la plus forte, la plus coriace, la plus INVINCIBLE de toute l’histoire." Mais les choses ont fini par se gâter justement après le punk quand certains se sont mis à penser que cette connerie pourrait être de l’art (Merci Mr. Bowie pour votre grand génie), le rock s’est écartelé, les bas du front sont partis dans le métal et le reste  du troupeau s’est éparpillé dans de multiples chapelles célébrant des cultes hérétiques. Le rock alternatif / indépendant, mais c’est quoi ce concept à la manque ? Alors quoi ! vous ne voulez plus devenir des rock-stars, vous rouler des liasses de billets, lever des poupées carosséees  comme  des Lamborghinis, descendre des soupières de champagne, surfer des montagnes de poudre et vous faire arnaquer par des managers véreux ? Pfff, vous préférez Kraftwerk à Jerry Lee ? Et les kids ? Vous avez pensé aux kids ? Ils sont où les nouveaux Rubettes et Osmond Brothers ? Vous croyez qu’ils vont se mettre à écouter la même musique merdique que leur vieux ? Et les fêlés en tout genre, ils sont tous enfermés à l’asile ? Faut vous remettre au LSD au plus  vite ! Alors, en attendant le retour IMPROBABLE de la super-vanne, une petite lampée du Mono Mann Jeff Connoly qui sait manier le tambourin et le Farfisa  avec ses Lyres, c’est juste du garage (beurk!) mais ça fait du bien. Slurp !!!

THE DUKE [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!]

 


 

 

01 - How Do You Know? [Live]

02 -  It's All Right [Live]

03 - How Do You Know?

04 -  Don't Give It Up Now

05 -  Buried Alive

06 - High On Yourself

07 -  What A Girl Can't Do

08 -  Help You Ann

09 - I Really Want You Right Now

10 - Someone Who'll Treat You Right Now

11 - I'll Try Anyway

12 - She Pays The Rent

13 - Not Looking Back

14 - You Won't Be Sad Anymore

15 - Here's A Heart

16 - We Sell Soul

MP3 (320 kbps) + front cover

COOL 220 


vendredi 25 février 2022

ELLEN SUNDBERG ~ Marquee Moon [Television's cover]


Il n'y a guère plus dangereux que de reprendre une chanson qui touche à la perfection. Et combien de merveilles se rapprochent autant de la magnificence absolue que le Marquee moon de Television? Pas bézef, en vérité... Il est inutile de la jouer cinquante fois ni même en entier, dès la première écoute et les trente-et-une secondes que dure l'introduction, on sait que cette affaire va toucher au sublime... La belle Ellen et ses potes s’acquittent de cette tâche avec une élégance et une grâce rares. Ouvrir la chanson au piano est une idée de génie! Inviter Richard Lloyd pour jouer le fameux "gimmick" est fort malin, aussi. Et puis, il y a l'immense cerise sur le gigantesque gâteau, la voix totalement bouleversante, envoûtante, de la mignonne! Les plus fines oreilles et les cœurs purs vont se sentir obligés de l'écouter en boucle, ce sera entièrement de ma faute, mais j'assume!

Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!]         

lundi 14 février 2022

JONATHAN RICHMAN ~ Want To Visit My Inner House [2021]

 

Bien sûr, l'Histoire, cette grosse paresseuse, ne retiendra que le premier album des Modern Lovers. C'est toujours le risque quand on ouvre sa discographie avec une merveille flirtant dangereusement avec la perfection. Pourtant, Jonathan Richman, fidèle au poste depuis les early 70's, n'aura pas raté beaucoup d'essais - il n'en aura même manqué aucun, et je connais peu d'artistes qui peuvent s'enorgueillir d'une telle trajectoire. Certains mauvais coucheurs ont l'outrecuidance de déclarer qu'il enregistre le même disque depuis des lustres. Aurait-on l'idée de demander à la plus belle fille du monde de changer de coupe de cheveux de temps à autre? Foutaise! Sans même chercher à l'être (ce qui fait une grande différence avec la concurrence), cet homme demeure l'auteur/compositeur/interprète qui représente le mieux la coolitude absolue: that's right! En ces temps (qui commencent à s'éterniser un tantinet) difficiles, rien de vraiment meilleur qu'un nouvel album de Jojo ne pouvait nous venir en aide. Les perles s'enfilent comme sur un superbe colliers (pas bling bling pour un sou) et on se surprend vite à siffloter sous le fichu masque. Oui, Want to visit my inner house est le énième disque de Jonathan Richman - et il est aussi important que le précédent et tout aussi crucial que le prochain.    

Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!] 


01 - Want To Visit My Inner House
02 - Me And Her And The Beach
03 - This Is One Sad World
04 - When She Is Walking Up The Street Towards Me
05 - This Kind Of Weather Is For Me
06 - Distant Are The Stars
07 - I Had To See the Harm I'd Done Before I Could Change
08 - Shameless, Shameless
09 - Sento, Sento
10 - Want To Visit My Inner House (Reprise)
MP3 (320 kbps) + front cover)

           

vendredi 4 février 2022

LOU REED ~ I'm So Free - The 1971 RCA Demos [2021]


Eh bien, ça n'aura pas lambiné. En effet, il se murmure en haut lieu que cet album (au son tout à fait correct) pourrait être quelque chose comme la grosse affaire de l'année - et qu'importe si les chansons furent enregistrées il y a des lustres par un gars juché sur un tabouret de cuisine et n'ayant qu'un micro et une petite guitare pour faire tournoyer toutes ces merveilles. Déjà la pochette, qui annonce fièrement une liste de titres qui auront bouleversé nos existences, est un sujet d'évanouissement! Mais grimpons un instant dans la machine à remonter le temps. Lou Reed et John Cale s'arrangèrent malicieusement pour évincer Nico (dont la majestueuse ombre blonde leur masquait un peu trop la lumière), après la parution du cultissime premier album du Velvet Underground (en gentilshommes, ils l'aideront tout de même à réaliser son Chelsea girl). Lou se débarrassa ensuite de John, un an plus tard, après l'enregistrement de White light/white heat, avant de se faire lui-même pousser vers la sortie par le manager Steve Sesnick et Doug Yule, après deux albums au succès relatif (pour rester poli). Voilà, nous sommes au début d'une nouvelle décennie, et notre homme se retrouve à l'abandon. Rongé par la déprime, la légende raconte qu'il serait retourné vivre chez ses parents et aurait même tâté du métier de comptable! Cependant, moins d'une année plus tard, on annonce un premier album sous son nom. La pochette ne donne pas très envie, mais les chansons, majoritairement composées à l'époque du Velvet Underground, attirent forcément les fans (encore assez peu nombreux) du groupe. Malheureusement, le disque, enregistré à Londres, ne tient pas toutes ses promesses. Lou semble fatigué, presque absent, et les musiciens (dont deux membres de Yes - chapeau pour le recrutement!) comme le producteur paraissent peu impliqués. Pourtant, comme le prouve ce florilège de demos, les chansons étaient toutes excellentes (les dénicheurs de bootlegs et ceux qui se régalèrent de la compilation VU le savaient déjà). Ecouter Lou Reed s'exprimer dans le plus simple appareil procure des émotions que je ne me risquerais pas à résumer. Et puis, pour ceux qui n'auraient pas tout suivi à la loupe, il y a les grosses cerises sur le gâteau: à l'heure d'enregistrer son premier disque en solitaire, Lou avait déjà composé Perfect day (une de ses plus belles réussites) et New York telephone conversation, qui paraîtront sur l'album suivant, le merveilleux Transformer produit par David Bowie, mais, beaucoup plus surprenant, on peut se délecter des premières versions de Kill your son ou de She's my best friend qui ne paraîtront officiellement et respectivement qu'en 74 et 75 sur Sally can't dance et Coney Island Baby. Loin des éditions Deluxe qui lassent trop souvent avant d'être totalement écoutées, ce drageoir intime saura passionner les vieux enfants au cœur pur.

Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire!]   


                                   

01 - Perfect Day (Demo - Takes 1 & 2)
02 - I'm So Free (Demo)
03 - Wild Child (Demo)
04 - I'm Sticking With You (Demo - Take 2)
05 - Lisa Says (Demo)
06 - Going Down (Demo - Take 2)
07 - I Love You (Demo)
08 - New York Telephone Conversation (Demo)
09 - She's My Best Friend (Demo)
10 - Kill Your Sons (Demo)
11 - Berlin (Demo)
12 - Ocean (Demo - Takes 1 & 2)
13 - Ride Into The Sun (Demo - Take 2)
14 - Hangin' Around (Demo - Take 2)
15 - Love Makes You Feel (Demo - Take 2)
16 - I Can't Stand It (Demo)
17 - Walk It And Talk It (Demo)
MP3 (320 kbps) + front cover