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jeudi 25 juin 2020

Mot à mot sur la bouche [Feuilleton par Jimmy Jimi] # 9


   Jérémy récupère son courrier : une facture d’électricité ; le nouveau catalogue d’une librairie spécialisée en éditions anciennes ; les promotions d’un magasin de vêtements et une magnifique enveloppe en papier vélin, sur laquelle a glissé une non moins superbe écriture à peine trop penchée. A la vue de cette dernière, les yeux de Jérémy abandonnent précipitamment leur orbite pour venir heurter le mur d’en face avec quelque violence ! Une fois qu’ils sont revenus se placer (non sans mal) dans leur cavité, notre ami retourne l’enveloppe pour s’assurer du nom de l’expéditrice : Natacha Pompilius. Ses pauvres yeux mouillants n’ont plus envie d’aller se cogner nulle part et se contentent désormais de couler en abondance. Toutes les sirènes d’alarme hurlent d’une même voix stridente au milieu du noir océan de la nuit. Je ne sais où me cacher. Jérémy déchire l’enveloppe comme il peut. Il déplie la lettre en tremblant de tous ses membres. Ses pupilles troublées par les larmes peinent à comprendre le sens des mots et sa raison refuse d’en enregistrer le message. Il flotte une effroyable puanteur dans le salon, comme si aucun matin ne devait plus jamais se lever. Il s’agit d’une invitation à un mariage, celui de ladite Natacha et d’un certain Isidore Lahuri (ce nom grotesque ne lui fait pas esquisser le moindre sourire, on hésite à se gausser d’un homme qui a réussi à subtiliser la femme de votre vie). Pour Jérémy, chaque mot ressemble à une insulte tracée de la main crochue du « Malin ». Les portes de l’évanouissement s’ouvrent en grand, mais au moment où il projette de se jeter sur un généreux tapis de pommes, la sonnerie du téléphone retentit.
   « Allô, mon chéri, c’est maman. Comment vas-tu, mon grand ?
   – Plutôt bien, mamou…
   – Je crois que tu oublies que tu parles à ta mère. Tu t’imagines que je ne sais pas traduire les sanglots longs qui transforment ta voix en violon monotone !
   – Je suis désolé, mais tes verlaineries approximatives ne me font pas tellement rire… Natacha va se marier, je viens de recevoir le carton d’invitation.
   – Oh, elle te convie à ses noces, l’effroyable impudente ! Mais cette saleté de morue est un monstre sadique !
   – Doucement, s’il te plaît, maman, Natacha n’a jamais été que tendresse et douceur, c’est moi qui ne la méritais pas. Toujours à la traîner de librairies en bouquinistes à longueur de week-end ; toujours à lui faire visiter des portes cochères et des cimetières pendant chacune de nos vacances : « Ici vécu tel grand poète, ici repose tel immense romancier » ; au bout d’une décennie, je peux comprendre qu’elle ait eu d’autres aspirations – et je n’ose même pas évoquer les années passées à me regarder écrire ce fichu bouquin de malheur que je n’ai jamais été capable de terminer…
   – Elle savait que tu étais écrivain quand elle t’a rencontré.
   – Tu es mignonne, mamounette, mais écrivain, c’est un bien grand mot, un bien trop grand pour moi. Je n’ai jamais été qu’un bibliothécaire anonyme pataugeant au milieu de fantasmes trop larges pour sa maigre personne. En tout et pour tout, qu’est-ce que j’ai publié qui mériterait ce titre honorifique ? Une demie douzaine de poèmes et trois nouvelles dans des revues qui sont uniquement lues par ceux qui y participent.
   – Si l’intouchable Mademoiselle Natacha (dont le départ te tourmente tout de même depuis cinq longues années) avait fait convenablement son travail de muse, tu l’aurais fini ce roman.
   – Tu le sais bien, les muses, c’est comme les anges ou les fées, ça fait très joli dans les contes, mais, au final, l’écrivain demeure infiniment seul face à l’immensité de la page blanche… J’ignore pourquoi nous en discutons encore, nous avons déjà ressassé à l’envi sur ce pénible sujet. J’ai écrit, corrigé et réécrit ce maudit bouquin dix fois sans que les deux ou trois derniers chapitres ne daignent se montrer. Il me manquait quoi, cinquante ou cent pages tout au plus ? Elles n’ont jamais voulu se laisser dessiner et Natacha aurait pu me couvrir de baisers à chaque seconde, danser le boogaloo en tenue affriolante ou invoquer les dieux de l’encre et du papier que ça n’aurait rien changé. Je me suis perdu tout seul dans ce labyrinthe de paperasse ; je me suis usé le cœur à tout reprendre encore et encore avant d’avoir effleuré un semblant de fin du bout des doigts ; j’ai tourné fou jusqu’à devenir méconnaissable et la faire fuir… Pourquoi est-ce que tu m’obliges à rabâcher une énième fois tout cet improbable charabia ? » 
   Il s’en suit un long, un interminable silence de téléphone, puis on entend un raclement de gorge, une petite toux, un reniflement, une larme qui coule, une larme qui tombe… Chacun voudrait reprendre la parole, mais, ici aussi, les derniers mots manquent à l’appel. Je dois avouer que c’est assez beau ce grand blanc entre une mère et son fils, on s’endormirait presque dedans.
   « Je vais te laisser, mamounette, je n’ai pas encore mangé… J’ai quand même été content d’entendre ta voix, je crois que ça m’a fait du bien.
   – Tu vas y aller ? Au mariage, tu vas quand même y aller ?
   – Je ne sais pas du tout, je suis encore sous le coup de l’annonce, je venais d’ouvrir l’enveloppe quand tu as appelé… Je crois que mes costumes ne me vont plus.  
   – Tu as tellement maigri, mais il est bien question de costumes ! Je n’ai pas envie de te retrouver en miettes comme il y a cinq ans.
   – Je me dis que ça pourrait m’aider à faire définitivement mon deuil.
   – Moi, je me dis surtout que tu serais capable d’offrir un esclandre d’anthologie avec cassage de figure du marié en point d’orgue !
   – C’est aussi une idée ! Enfin, la cérémonie est dans deux mois, j’ai encore le temps de peser le pour et le contre !
   – Ou, alors, tu pourrais te faire accompagner d’une escort girl – mais du genre vraiment maousse sexy ! –, l’air de dire : « tu m’as quitté, regarde un peu avec qui je me suis consolé » ! Je suis prête à participer aux frais !  
   – Tu es dingo, ma mamounette, c’est pour ça que je t’aime tellement ! Tu as vraiment bien fait de m’appeler, ce soir, tu as désépaissi mon brouillard.   
   – Je t’embrasse très fort, mon garçon, prend bien soin de toi. »
   Sans manger, sans se laver, sans même se déshabiller, Jérémy s’effondre dans le canapé et s’endort immédiatement, comme assommé sous le poids conjugué des larmes et des éclats de rires. Seul, je m’autorise encore à veiller un instant dans la pénombre. Voilà, j’ai survécu à ma première journée sur la terre, au milieu de ces êtres plus extravagants les uns que les autres. Ce n’est pas de tout repos… Mon corps n’a pas grossi du moindre gramme, personne ne l’ayant sorti de sa niche depuis le matin, mais je n’ai guère mieux à faire que de garder espoir. Bien sûr, la biographie de mon frère aîné n’a pas manqué de m’inquiéter ; pourtant, je serai toujours mieux à me faire cajoler entre les doigts de Jérémy, plutôt qu’abandonné en feuille froissée dans un tiroir secret…  

                          

lundi 22 juin 2020

THE GUN CLUB ~ Mother Juno [9 Lives No. 3] [2CD] [1987]


On le sait, notre Jimmy déprime en ces temps compliqués, de soleil trompeur et d’ordinateur capricieux.  Alors, oui, il nous dit qu’il révise les classiques pour nous les faire partager… mais on voit bien que le tri n’est pas simple pour un tel passionné. Alors, moi, je me dis qu’il a besoin d’aide. Je ne vais peut-être pas parler d’un "vrai classique". Vous savez, de ceux qui mettent tout le monde d’accord (ou presque). Non, mais d’un disque qu’on a tendance à oublier, à cause des prédécesseurs plus illustres quand on les compare dans l’œuvre d’un artiste. Alors, si notre Jimmy n’a pas l’idée de nous parler de son cher Gun Club (par pudeur ou par peur d’en avoir trop fait dans le passé ?), alors autant s’en charger à sa place. Et puis, j’espère ainsi lui remonter (un peu) le moral. Donc, je vais vous parler de Mother Juno. Pour moi, le premier que j’ai découvert de ce groupe. Pour tout vous dire, c’est un peu celui qu’on oublie tout le temps. Les trois premiers se bataillent la place du meilleur du groupe. Et ceux d'après, on en parle généralement en disant que c’était moins bien que les trois premiers… En effet, si, sur Fire of Love (vous savez, celui qu’on met dans les classements des meilleurs disques), le Gun Club revisite le blues, si sur Miami (celui que les vrais connaisseurs citent comme étant le meilleur), il revisite la country, si, sur The Las Vegas story (celui que Nicolas Ungemuth, connaisseur parmi les connaisseurs, considère comme le meilleur), il revisite le rock flamboyant, alors sur Mother Juno, il revisiterait… le hard rock. Première tare pour tout ceux qui ne jurent que par l’esprit punk… Sauf que, comme pour les trois premiers, tout ceci est purement de la foutaise, ou si vous préférez un truc de journalistes. D'autre part, ce qui a pu également renforcer l'idée pour certains que c'était mieux avant, c’est que Mother Juno a moins été le fruit d’un travail de groupe que les trois premiers (oui, au revoir l'excellent et culte Kid Congo Powers), donc un disque de Jeffrey Lee Pierce plutôt que du Gun Club en quelque sorte. Et j'oubliais le pire : en plus, il a été produit par Robin Guthrie, le leader des pas très rock'n'roll Cocteau Twins. Or, loin d’être éthéré (mise à part sur le pourtant beau Breaking hands où ça sonne effectivement un peu trop Cocteau Twins), il renferme les morceaux les plus violents du Gun Club, merveilleusement mis en son par ce fan avéré qui montre ici combien il avait compris ce qu’était la musique, l’énergie et la fièvre du Gun Club (ou plus exactement celle de son fantasque, passionné et passionnant chanteur). En effet, les guitares électriques sont étrangement asséchées comme de la paille prête à s'embraser, tout en restant tendues comme du barbelé, et le son du disque sait à la fois être dépouillé et riche, sale et propre, le producteur travaillant avec un soin discret chaque morceau comme un tout. Donc, ce disque n’a peut-être pas l’aura de ses prédécesseurs mais, vous le savez très bien, on n’écoute pas forcément si souvent que ça les grands chefs d’œuvre… on leur préfère toujours les disques plus cachés, ceux avec lesquels on peut construire une relation plus intime, parce qu’ils sont moins impressionnants, plus faillibles et surtout plus… humains. Et ici, la voix de Jeffrey Lee Pierce devient, pour ainsi dire, la plus merveilleuse incarnation de cet adjectif. Oui, parce que qui, à part lui, peut vous faire vibrer le cœur en vous entraînant dans ce fulgurant brasier de l'âme, comme si chanter ainsi devenait la seule façon de (sur)vivre ? Réécoutez-le et vous verrez (oui, parce qu'on voit mieux avec les oreilles, c'est bien connu). Alors, vous découvrirez à cette occasion que Mother Juno fait donc définitivement parti de ceux-là, de ces disques qu’il faut savoir défendre pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils ne sont pas, de ces petits chefs-d’œuvre qui s’ignorent autant qu’on les ignore. Bref, des disques qu’on chérit d’autant plus forts, justement parce qu’on est un peu les seuls à savoir les aimer ainsi.           
Audrey SONGEVAL [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]
  
CD1 :
01 - Bill Bailey
02 – Thunderhead
03 - Lupita Screams
04 - Yellow Eyes
05 - The Breaking Hands
06 – Araby
07 – Hearts
08 - My Cousin Kim
09 - Port Of Souls
10 - Crab Dance
11 - Nobody's City
12 - Breaking Hands [12'' Version]
CD 2 :
01 - Port Of Souls
02 – Araby
03 - Lupita Screams
04 - Funky Junkie (a.k.a. Yellow Eyes)
05 – Hearts
06 - Bill Bailey
07 - Sleepy Time Blues (a.k.a. Nobody's City)
08 - My Cousin Kim
09 – Thunderhead
10 - Breaking Hands
11 - Crab Dance
12 - Country One
MP3 (320 kbps) + artwork





lundi 8 juin 2020

JOHN PRINE ~ Great Days - The John Prine Anthology Great Days [2CD] [C. 1993]


Les rock critics véhiculent une forme de pensée unique qui me paraît dangereuse pour notre santé mentale. Lorsqu’ils se trouvent à cours d’idées, ils développent des concepts dénués de tout fondement, par exemple : "les Who ont inventé la power pop avec des riffs à base d’accords majeurs" ou bien : "les Kinks ont défini la matrice du hard rock avec le morceau You really got me"; "Keith Richards s’est enfermé dans l’open tuning de sol" ou autre perle : "Bitches brew  est un chef d’œuvre qui a donné naissance au Jazz rock"... La power pop n’était qu'un retour salutaire au rock simple et direct des sixties, une flopée de groupes essayant d’imiter les Who et consorts avec plus ou moins de talent. Mais à de rares exceptions (Nerves, Dwight Twilley band, Cars, Moon Martin), la plupart d’entre eux n’avaient ni les compositions ni les hits (My Sharona ne vaudra jamais My generation, on est tous d’accord) et Big Star n’a jamais été un groupe de power pop car eux, ils avaient les compositions et bien plus encore. L’autre jour, je discutais avec un ami d’enfance qui me conseillait d’aller confesser par télépathie avec le nouveau cyber curé du village aux motifs que j’étais en train de découvrir seulement aujourd’hui et avec plaisir la discographie de Crosby et Nash. Lorsque j’avouais piteusement que je ne possédais pas le Wild tales de Graham Nash, il m’intimait l’ordre de le commander sous 24 heures et d’aller me coucher sans manger après avoir récité trois Notre Père et deux Je vous salue Marie. Pour me défendre, je lui indiquais que le doyen des rock critics autoproclamé Robert Christgau (prononcez Xgau) dans son Consumer’s guide des seventies, n’avait attribué à cet album que la note de C- et qu’il parlait à son propos d’une certaine platitude… "Christgau ? connais pas ! Il veut dire que Wild tales est plat ? me répondit-il, et j’en restais là au risque de  briser une amitié de plus de quarante ans. C’est à la suite de cette conversation que j’appris le décès de John Prine. Dans la foulée, je m’empressais de vérifier avec un peu d’anxiété le verdict de Christgau à son sujet :
John Prine : John Prine, 1971 (Atlantic) : A
John Prine : Diamonds in the rough, 1972 (Atlantic)  : A-
John Prine : Sweet revenge, 1973 (Atlantic) : A
John Prine : Common sense, 1975 (Atlantic) : A-
Etc. Pour le surplus vous n’avez qu’à consulter le guide.
Je m’en trouvais rassuré d’autant que Christgau (prononcez Xgau !) avait attribué quatre A aux quatre premiers albums des Ramones et deux A+ (la note suprême) aux deux albums des  New York Dolls, n’écoutant que son cœur et faisant fi des réserves habituelles sur Too much too soon qui à mon humble avis est bien meilleur que le deuxième album que les Sex Pistols n’ont jamais sorti. Je dois aussi le dire au curé, je n’ai jamais bien aimé le folk (mis à part le folk anglais qui est brillant). Les  hootenanies animées par  Hamster Jovial avec Alan Stivell à la harpe celtique et  Marcel Dadi à la guitare en finger picking, ça fout les boules quand on essaye de reproduire péniblement les riffs de Ron Asheton avec une bande de lads du quartier. Mais pourquoi la power pop alors ? Eh bien parce que Prine lui, se défend en songwriting. Ce n’est pas un de ces folkeux du  Greenwich Village dont la musique ne sert souvent que de piètre support à des rengaines protestataires. John Prine avoue humblement : "je n’écris pas de la poésie, mais simplement des paroles." C’est surtout un compositeur de chansons de première catégorie suffisamment rapide pour vous torcher une pépite pendant le trajet qui sépare le club de son hôtel. Un artiste qui fut honoré par ses pairs dont Bob Dylan auquel on l’a comparé à juste titre, Johnny Cash qui le classait dans le big four de ses compositeurs favoris, Kris Kristoferson qui l’avait découvert et Paul Anka qui le fit signer chez Atlantic (le meilleur choix) pour enregistrer à Memphis dans le légendaire American Recording Studios avec la crème des session men,  le premier Long play  d’une parfaite tétralogie. John Prine est une espèce de Randy Newman rural bien qu’il soit né dans la banlieue de Chicago où il exerçait le métier de postier, un artisan chroniqueur social de la société américaine à la voix râpeuse et chaude capable de  composer les plus belles chansons du monde sur une simple progression d’accords. Il faut écouter Angel from Montgomery interprétée par Bonnie Raitt (une autre idole de Christgau) pour se rendre compte de la beauté du songwriting de John Prine. Peut être que cette brève anthologie de 41 morceaux disposés de façon chronologique vous donnera envie d’aller découvrir plus avant la discographie de John Prine qu’on ne peut résumer dans un Best of. John Prine a été emporté par le Covid-19 à l’age de 73 ans, le 7 avril dernier, et c’est peut-être mieux ainsi car on se demande ce qu’il aurait bien pu écrire au sujet d’une époque aussi merdique. Reste le mystère de la note C- attribuée par Robert Christgau (Prononcez Xgau !) à Wild tales qui ne cesse de me tarauder... 
THE DUKE [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 


CD1 : 
01 - Illegal Smile 
02 – Spanish Pipedream
03 – Hello In There
04 – Sam Stone
05 – Paradise 
06 – Donald And Lydia 
07 – The Late John Garfield Blues 
08 – Yes I Guess They Oughta Name A Drink After You 
09 – The Great Compromise 
10 – Sweet Revenge 
11 – Please Don’t Bury Me 
12 – Christmas In Prison 
13 – Dear Abby [Live] 
14 – Blue Umbrella
15 – Common Sense
16 – Come Back To Us Barbara Lewis Hare Krishna Beauregard
17 – Saddle In The Rain
18 – He Was In Heaven Before He Died
19 - Fish And Whistle
20 – That’s The Way That The World Goes ‘Round
21 - Bruised Orange (Chain Of Sorrow) 

CD2 :
01 - Sabu Visits The Twin Cities Alone
02 - Automobile
03 - Killing The Blues
04 - Down By The Side Of The Road
05 - Living In The Future
06 - It's Happening To You
07 - Storm Windows
08 - One Red Rose
09 - Souvenirs [With Steve Goodman]
10 - Aimless Love
11 - The Oldest Baby In The World
12 - People Puttin' People Down
13 - Unwed Fathers
14 - Angel From Montgomery [Live, With Bonnie Raitt]
15 - Linda Goes To Mars
16 - Bad Boy
17 - Speed Of The Sound Of Loneliness [Live]
18 - It's A Big Old Goofy World [Live]
19 - The Sins Of Memphisto
20 - All The Best
MP3 (320 kbps) + covers
COOL 197A 
COOL 197B