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vendredi 8 décembre 2017

LARKIN POE ~ Peach [2017]


Je doute que les frangines Lovell aient jamais écouté le gars Johnny, pour autant, toute la musique qu'elles aiment, elle vient de là, elle vient du blues... Avec les moyens du bord, mais un talent certain et la belle insolence de la jeunesse, elles expédient un blues punk jouissif de derrière les fagots. Tantôt chattes, tantôt tigresses, les mignonnes caressent ou violentent le vieil idiome avec la même grâce sexy sans jamais sombrer dans le racolage. Testé (à fort volume) un soir de pleine lune entre un incunable de Lead Belly et un chef-d'oeuvre du Gun Club, l'album des donzelles fait mieux qu'assurer.   
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]  


01 - Come On In My Kitchen
02 - Freedom
03 - Black Betty
04 - Look Away
05 - Preachin' Blues
06 - Cast Em Out
07 - Pink & Red
08 - John The Revelator
09 - Wanted Woman  ACDC
10 - Tom Devil
MP3 (320 kbps) + front cover


mercredi 6 décembre 2017

On a tous en nous quelque chose de Johnny ?


Quand j'étais gosse, ce qui ne date pas exactement d'hier, Johnny Hallyday était déjà embarrassant pour ne pas dire totalement ringard. Avec les copains, nous aurions préféré écouter à peu prêt n'importe quoi plutôt que Johnny. Pour autant, un jour, il fallut que je me rende à la FNAC en cachette. Vous n'imaginez tout de même pas que j'allais me priver d'un disque sur lequel jouait Steve Marriott... Depuis, j'ai remonté le fil. En ce qui me concerne, les exploits de Johnny tiennent sur une petite dizaine d'années; ensuite, l'affaire se dégrade considérablement pour conduire, parfois, vers des choses pour le moins navrantes... Ce matin, j'ai surtout pensé à ces milliers de fans éplorés qui viennent de dire adieu à leur idole, et qui ont du voir leur jeunesse passer en accéléré. J'ai réécouté Rivière... ouvre ton lit et songé à l'immense sincérité du bonhomme...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]

    

lundi 4 décembre 2017

LHASA ~ Lhasa Live In Reykjavik [2009 (2017)]


Elle est tombée de scène, un ange l'a prise sous son aile pour la ramener au pays des fées... Mon encrier est plein de larmes, débrouillez vous avec ça.
Jimmy JIMI 


01 - Is Anything Wrong
02 - Bells
03 - Rising
04 - Con Toda Palabra
05 - Love Came Here
06 - The Lonely Spider
07 - Fool's Gold
08 - Fish On Land
09 - La Confession
10 - De Cara A La Pared
11 - 1001 Nights
12 - Para El Fin Del Mundo
13 - A Change Is Gonna Come
14 - Anyone & Everyone
MP3 (320 kbps) + front cover
COOL 82


jeudi 30 novembre 2017

Jazz En France - Volume VIII : Michel Petrucciani [HMC. 2017]


"Je suis un mec qui perd pas de temps." Michel Petrucciani pressentait que sa vie serait brève, et il l'a menée tambour battant. Premier enregistrement à l'âge de dix-sept ans, où il fait déjà preuve d'une maturité étonnante. L'année suivante, il s'installe en Californie où il convainc le saxophoniste Charles Lloyd de remonter sur scène. Au cours d'une courte carrière de dix-neuf ans, il grave vingt-quatre albums sur lesquels il croise la route de noms prestigieux du jazz français et international : Wayne Shorter, Marcus Miller, Joe Lovano, Eddie Louiss, Aldo Romano. Malgré cela, l'essentiel de sa discographie se compose de sessions en solo, en duo ou en trio. Le style volubile du Michel des premières années s'accommode d'ailleurs mieux de ces petites formations. Ce florilège respecte méticuleusement la chronologie, sans exclure les premières sessions où Michel joue sur des pianos un peu douteux, voire complètement désaccordés, comme dans l'album Estate enregistré en Italie sur un piano qui tient plus de la casserole que d'un instrument digne du pianiste orangeais. C'est en partie pour cette raison qu'on trouve une deuxième version de ce thème (Estate) cher aux aficionados de Claude Nougaro. Deux versions également de September second, d'abord parce ce thème est magnifique et ensuite parce qu'elles sont suffisamment différentes pour illustrer deux facettes du musicien. Il n'y a quasiment rien à jeter dans la discographie de Michel Petrucciani, mais je vous recommande particulièrement Lovelee, en duo avec Steve Lacy, enregistré au Bösendorfer Center de Paris sur un excellent piano. Également la première version de September song avec une section rythmique fabuleuse, composée notamment d'Omar Hakim (Weather Report, Steps Ahead, David Bowie), l'un des meilleurs batteurs à avoir accompagné Michel. Et aussi Turn around enregistré en public au Newport Jazz Festival où l'on entend Michel ânonner à la manière d'un Glenn Gould ou d'un Keith Jarrett. Pour la même raison, prêtez une oreille attentive à Charlie Brown avec Tony Williams et une section de cordes, à Chimes avec Steve Gadd, et au monument du jazz français Les Grelots avec Eddie Louiss. Michel repose en bonne compagnie au cimetière du Père-Lachaise, à côté de Frédéric Chopin, de Jim Morrison ou de Mano Solo. Je me souviendrai toujours de son arrivée sur scène dans les bras d'Aldo Romano et de sa façon de sauter d'un bout à l'autre du clavier en s'appuyant des deux mains sur son siège.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]

"Je raconte à Sylvie comment j'ai connu Petrucciani dès 1976 par René Giner à Béziers, à Sète, dans toute la région que ce "Jazzimodo" écumait. On se moquait de lui (surtout Paudras), mais peu à peu, du "C'est pas mal pour son âge et sa difformité", le milieu du jazz est passé à "C'est génial malgré son handicap". De monstrueux, il était devenu "monstrueux". Je le reverrai toujours au Cardinal Paf en 1980 pour la sortie de To Bird with love. Aldo Romano avait un peu le bras fatigué de le porter comme un fauconnier son oiseau précieux et redoutable, alors il l'a installé dans une niche de la cave voûtée. Dans la pénombre enfumée, Petrucciani ressemblait à une gargouille médiévale encastrée dans la pierre, vomissant des jurons..." (Marc-Edouard NABE in Kamikaze, Journal Intime 4)
Michel Petrucciani est comme les très belles actrices, on parle toujours de son physique avant d'évoquer son talent ! Enfin assit sur le tabouret, il pouvait oublier ce corps ingrat et le regard des autres, transformé en une oreille géante et décollée par le plaisir. Là, il lâchait ses doigts telle une armée d'araignées à l'attaque des touches d'ivoire. Là, le freak devenait magicien...
Jimmy JIMI


CD1 :
01 - Hommage A Enelram Atsenig (1981)
02 - Afro Blues (1981)
03 - Estate (1982)
04 - Lee Konitz & Michel Petrucciani - Lovelee (1982)
05 - Amalgame (1982)
06 - Turn Around (1983)
07 - Say It Again And Again (1984)
08 - Bimini (1986)
09 - She Did It Again (1987)
10 - O Nana Oye (1989)
11 - September Second (1991)
CD2 :
12 - Estate (Live At The Arsenal 1991)
13 - Billie's Bounce (1992)
14 - In A Sentimental Mood (1993)
15 - Blues In The Closet (1994)
16 - Besame Mucho (1994)
17 - Charlie Brown (1994)
18 - Les Grelots (1994)
19 - Little Peace In C For U (1995)
20 - Chimes (1997)
21 - September Second (1997)
MP3 (320 kbps) + front cover


mardi 28 novembre 2017

JOHNNY THUNDERS & THE HEARTBREAKERS ~ L.A.M.F. The Lost '77 Mixes [40th Anniversary Remastered] [1977]


Le voici remasterisé de frais et on ne va pas faire semblant d'avoir envie de le réécouter pour la énième fois... Certains fouilleurs de crottes de nez n'hésitent pas à dire que la cote de Johnny Thunders est surévaluée : voila qui est croquignolet ! Les deux premiers New York Dolls (quoiqu'on pense de leur production), ce Like a mother fucker, So Alone, Hurt me, sans oublier le délicieux Copy cats enregistré avec Patti Palladin... J'en connais qui tueraient toute leur famille et l'ensemble du voisinage pour avoir une telle discographie !... Un album pareil mériterait un livre à lui seul pour conter le changement de nom, le bassiste démissionnaire (une spécialité de Richard Hell), les différents mixes, le batteur overdosant dans la baignoire, Londres à feu et à sang (avec la vente de seringues multipliée par cent car tout n'est pas forcément glamour dans cette histoire), les looks de dandies décharnés et, surtout, cette ribambelle de chansons qui, mieux que des tubes, sont toutes des hymnes à apprendre par cœur. Ce disque mérite le plus beau des compliments : il donnait envie de fonder un groupe... Je l'ai réécouté, ce matin, sur le chemin du boulot, et j'ai pleuré de joie, tout seul dans mon coin, sur le quai de la gare de Juvisy ! Ah, cette rythmique qui pousse vers les derniers retranchements sans jamais bourriner; ces guitares (refusant les trop faciles effets mitraillettes) qui saignent les étoiles à blanc; cette voix de voyou séducteur tellement sexy... Sous les riffs vicieux (et c'est l'un des immenses tours de passe passe de ce chef-d'oeuvre), on peut entendre l'écho magique des mantras fifties, du maximum rhythm'n'blues, du doo wop, des girls groups... C'est un condensé parfait de rock'n'roll joué avec une rage et une émotion futuristes ! On a rarement fait aussi magnifique.
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]                   


01 - Born To Lose
02 - Baby Talk
03 - All By Myself
04 - I Wanna Be Loved
05 - It's Not Enough
06 - Chinese Rocks
07 - Get Off The Phone
08 - Pirate Love
09 - One Track Mind
10 - I Love You
11 - Goin' Steady
12 - Let Go
13 - Can't Keep My Eyes On You
14 - Do You Love Me
MP3 (320 kbps) + front cover


jeudi 23 novembre 2017

JIM WHITE ~ Waffles, Triangles & Jesus [2017]


"The whole damned world is playing guitars."
T’as des mecs ils font toujours le même disque. Ouais, des nanas aussi bien sûr, faudrait peut-être se mettre à l’écriture officielle, comment qu’ils l’appellent déjà, je sais plus, on écrirait des mec.e.s c’est ça ? Nous voilà bien. Quoi qu’il en soit on leur en veut pas (aux mec.e.s qui font toujours le même disque) c’est pour ça qu’on les aime, on a adoré leur premier disque et roule ma poule. Des fois ils sortent un chef d’œuvre, soit le même disque mais en mieux. T’as des mec.e.s (ok c’est la dernière, promis j’arrête) qui touchent à tout et au reste. Seuls ou accompagnés : et que je joue avec untel, et que je te produis Machin, et que je te filme un documentaire improbable hé ouais puisque que je touche à tout. T’en as qui incarnent à eux seul un genre défini, d’autres qui sont un genre à eux tout seul, j’espère que vous saisissez la différence sinon vous pouvez toujours demander je vous expliquerai pas, merde, faites un effort. Et t’as Jim White qui fait tout ça à la fois. On reprend ? Americana, ce terme qu’on abhorre, on dirait qu’il a été inventé pour notre Héros du jour, non mais écoutez-moi ça… et ouais, trois chansons plus tard ça vole en éclats. Et là tu te retrouves avec du Jim White tel que seul Jim White sait en faire, ce que les trente-sept (à vue de nez…) premières secondes du premier morceau t’avaient laissé subodorer. Avant que telle ou telle orientation jazz ou gospel ou autre ne t’amène à te demander: "mais qu’est-ce que j’écoute ?" Et là, temps d’arrêt, puis tu te réponds : "mais c’est du Jim White !". Le tout bien sûr tout haut avec l’intonation utilisée quand on raconte la blague sur les mec.e.s (ah merde…) qui habitent près de Niagara Falls. Pas de surprise pour l’orientation Appalachienne par contre, y a pas si longtemps JW cosignait un disque bluegrass avec un groupe de traditionalistes modernes du genre (ça fait peur hein ?) basé à Athens, son nouveau domicile et ma Rock-City à moi. Bien loin de Niagara Falls j’en conviens mais l’ami Jim (je dis l’ami Jim parce qu’en fait y a quelques années j’ai participé au crowd-funding de l’un de ses disques, pas assez pour qu’il vienne jouer à la maison, ce qui était prévu à partir d’un certain montant mais j’ai décidé de faire comme si…) est un pur sudiste, initialement du fin fond tordu et marécageux de la Floride. Là c’est lui qui invite, au hasard Holly Golightly (vous vous souvenez de Holly Golightly ? Non ? Tant pis) sur cet énormissime Earnest T. Boss… au titre magnifiquement taré, JW est un spécialiste des titres tarés, chanson comme album. A propos, mon album préféré du Jim, celui que je trouvais de loin le meilleur parmi tous les identiques/différents qu’il a sortis, c’était: Drill a hole in that substrate and tell me what you see, si ça c’est pas un titre taré, et cet incroyable premier morceau en duo avec, avec… Aimee Mann bien sûr ! Z’aimez pas Aimee (haha) ? Moi chuis dingue d’elle. Et je dis pas ça pour tenter (en vain) de contrecarrer les idées préconçues d’Audrey sur mes préférences sexuelles non non, j’aime Aimee, j’ai tous ses disques. Ceci posé (les nanas donc, ou les mec.e.s) sa collaboration la plus déglinguée et perverse fut bien Hellwood, cet incroyable et éphémère duo que Jim fonda avec Johnny Dowd et qui nous donna cet inclassable: Chainsaw of life chroniqué en son temps chez Marius (et par John Warsen un peu plus tard, je sais que tu guettes ..) Je crois bien vous avoir déjà parlé de Johnny Dowd, j’adore Johnny Dowd. Mais mais mais mais mais : tout ça c’était avant. Avant ce double-vinyle que vous tenez entre les mains (c’est encore la fête à Zen Arcade !), so to speak comme disent nos amis britons, au titre tordu mais on en a pris l’habitude, et à la magnifique pochette. Jim White fait toujours de magnifiques pochettes et c’est "lui qui les fait" (à dire bien sûr avec l’intonation de… ok j’arrête). Les disques de Jim White m’ont toujours donné envie de rire, pleurer, chanter, comprendre ce qui s’y passait vraiment et être enfin invité à cette table ou mangent ensemble, entre autres convives dépenaillés, Dieu et le Diable sans qu’il soit vraiment possible de bien les distinguer, le rêve de tout athée qui se respecte. Mais jamais, JAMAIS autant qu’à l’écoute de Waffles, triangles & JesusCe truc m’a laissé béat, sans voix et démuni de quelque argument que ce soit pour vous le recommander (c’est pour ça que j’ai fait court, en plus j’ai pas le temps faut que j’aille bosser) autre que ce bref commentaire privé à Jimmy sur un post d’Audrey: "Il se pourrait bien que le dernier Jim White (après quatre écoutes successives) soit son meilleur." Après vingt écoutes successives je me dis qu’il serait bon que je vous en fasse une chronique, vous risqueriez sinon de passer à côté. J’attends d’abord de redescendre de mon nuage sinon je serais capable d’écrire des conneries.
Everett W. GILLES [Vous prendrez bien le temps d’un petit commentaire !]

Qu'allons-nous devenir si chaque album de Jim White est supérieur au précédent ?! Pas plus tard qu'hier, il était question de disques qui rendent heureux: si je n'étais pas si impatient que vous le découvriez, je vous conseillerais de l'écouter un dimanche matin à la météo bien morose: il vous sauverait le week-end et la poignée de mois suivants ! Pour faire la nique à cette époque qui voudrait que tout soit terminé avant de commencer, Waffles, triangles & Jesus se vautrent allègrement dans les tempos lents. Pour faire la nique à cette époque qui prétend que tout a déjà réalisé cent fois, mille fois, Jim White réinvente le folklore américain qu'on pensait usé jusqu'à la dernière vieille corde de banjo pourri. Un tas de jeunes groupes se croient malins en mélangeant tout ce qui leur tombe sous la main: la plupart du temps, c'est aussi ragoutant que de manger une choucroute à la merguez ! Ici, l'affaire est un tantinet plus subtile - tellement, en fait, qu'on ne pige absolument rien aux trucs que la langue est en train de nous faire dans l'oreille ! D'accord, il y a bien ce batteur qui semble inventer son instrument à mesure qu'il joue, ce violon qui chatouille comme si nous possédions un clitoris auditif ou cette trompette échappée d'un nulle part féerique, mais ça n'explique pas tout... Avec l'air (presque) innocent de ne pas y toucher, Jim White réinvente la jeunesse sans toucher à un bistouri. Ce type est un magicien. Merci de ne pas ménager vos applaudissements avant de quitter la salle pour retourner dans la vie !  
Jimmy JIMI             



01 - Drift Away
02 - Long Long Day
03 - Playing Guitars
04 - Far Beyond The Spoken World
05 - Silver Threads
06 - Prisoner's Dilemma
07 - Reason To Cry
08 - Wash Away A World
09 - Earnest T. Bass At Last Finds The Woman Of His Dreams
10 - Here I Am
11 - Sweet Bird Of Mystery
MP3 (320 kbps) + front cover


mercredi 22 novembre 2017

NEIL FINN ~ Out Of Silence [2017]


Le monde n’a sans doute pas besoin d’un nouvel album de Neil Finn. D’autant plus que l’artiste n’aura jamais intégralement réussi ses albums, sauf que certains savent qu’il aura écrit quelques-unes des chansons les plus touchantes et renversantes des mid-80/90’s, et cela le rend finalement bien plus précieux à mes yeux. Inutile de dissimuler qu’il va s’agir ici du versant le plus tendre et sentimental de la musique populaire, bref, quelque part du côté de Paulo (non, pas celui dont on vous bassine d’habitude ici, mais celui qui a plus que sixty-four). Sur ce plan, Neil Finn n’a pas changé, et on lui en sera gré. Seulement, les années filent, et le chanteur dévoile un visage un peu meurtri qui ne ment pas sur son âge; il y a aussi dans la voix, malgré sa constante limpidité, comme une fêlure inattendue; on notera également des chansons qui savent rester dépouillées malgré des arrangements discrètement ouvragés. Mais, l’essentiel n’est pas là, on sent dans cette musique un vrai geste d’amour, une générosité pour rendre les gens un peu plus heureux, même dans la peine. Bien sûr, à son âge, Neil Finn sait certainement qu’il a perdu d’avance, mais cela ne l’empêche pas d’essayer. Alors Neil Finn chante comme le font les grands sentimentaux parce que c’est une fois de plus sa seule arme. Au final, d’accord, le monde n’a sans doute pas besoin d’un nouvel album de Neil Finn, mais il est néanmoins un peu meilleur de savoir que celui existe quand même, et que cet artiste a gardé la foi dans le modeste pouvoir de la musique. Bref, un joli disque, très court, et tout en pudeur, qu’on pourra ranger tout près des premiers disques de Colin Blunstone et écouter pour profiter quand viendra la froidure de l’hiver de sa douce et chaleureuse humanité.
Audrey SONGEVAL [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]


01 - Love Is Emotional
02 - More Than One Of You
03 - Chameleon Days
04 - Independence Day
05 - Alone
06 - Widow's Peak
07 - Second Nature
08 - The Law Is Always On Your Side
09 - Terrorise Me
10 - I Know Different
MP3 (320 kbps) + front cover
COOL 78


mercredi 15 novembre 2017

ODETTA ~ Odetta Sings Dylan [1965]


On retrouve plusieurs fois la même peinture dans l'oeuvre de J.D. Salinger. D'abord, le frère du narrateur jette une pierre au visage d'une de leurs jeunes voisines parce qu'il la trouve trop belle. Ailleurs, le même (ou presque) annule son mariage, le matin de ses noces, parce qu'il se trouve trop heureux (quelques jours et plusieurs pages plus tard, il se tirera une balle en pleine tête certainement pour la même raison). Je ne sais trop ce que vaut ce parallèle, mais je pense souvent à ces images quand je m'autorise à écouter Odetta. Sa voix et sa guitare sont si pures qu'elles peuvent devenir d'une insupportable beauté. Cet album, comme toute l'oeuvre d'Odetta, et donc à prendre avec des pincettes. Au-delà de cette perspective esthétique et quasi philosophique, ce disque est particulièrement rare car il est peu courant qu'un artiste établi et adulé par ses pairs rende ainsi hommage à un jeunot sur l'étendu d'un album complet. La pochette dit presque tout: on n'est pas là pour rigoler, juste se jeter dans l'extase !
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]     


01 - Baby, I'm In The Mood For You
02 - Long Ago, Far Away
03 - Don't Think Twice, It's All Right
04 - Tomorrow Is A Long Time
05 - Masters Of War
06 - Walkin' Down The Line
07 - The Times They Are A-Changin'
08 - With God On Our Side
09 - Long Time Gone
10 - Mr. Tambourine Man
11 - Blowin' In The Wind
12 - Paths Of Victory
MP3 (320 kbps) + artwork


mardi 14 novembre 2017

MINK DEVILLE ~ Cabretta [1977]


L'Histoire m’acquittera car je n'avais que treize ans en 1977. Pourtant, j'avais tenté de prendre de l'avance en achetant mon premier Beatles entre ma huitième et ma neuvième année. Las, pendant la révolution punk, j'en étais encore à essayer de démêler l'extraordinaire écheveau du passé. L'Histoire m'acquittera, mais je m'en voudrais toujours de ne pas avoir découvert Ramones, Heartbreakers, Pistols, Clash ou Damned en temps réel. Pour tout vous dire (et vous allez pouffer), le seul album étiqueté punk que j'achetai à l'époque fut... le premier Starshooter (j'avais prévenu)! Pendant ce temps, Willy et ses potes fomentaient leur propre révolution dans leur coin. Je crois qu'ils s'en foutaient un peu des "one, two, three, four" et de la furia des guitares fonçant avec panache dans tous les murs à proximité, mais ils furent suffisamment finauds pour se laisser porter par la vague. Willy, comme la plupart des grands rock'n'rollers, était un homme à fantasmes, et ce premier album fut mille fois construit et déconstruit dans sa tête avant même qu'il n'accorde sa première guitare. Superbement produit par Jack Nitzsche, on y retrouve une somme merveilleuse d'obsessions allant du rhythm'n'blues uptown au doo wop en passant par le son girls group ou les magnificences du Brill Bulding - le tout enveloppé dans des velours cramoisis et des dentelles affriolantes. Premier volet d'un des plus magnifiques triptyques de tous les temps, il laisse à entendre ce qui existe de plus excitant : de l'élégance mais avec du nerf. Il n'a pas pris une ride et n'en prendra jamais. "I see you walking down the street..." 
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

          
01 - Venus Of Avenue D
02 - Little Girl
03 - One Way Street
04 - Mixed Up, Shook Up Girl
05 - Gunslinger
06 - Can't Do Without It
07 - Cadillac Walk
08 - Spanish Stroll
09 - She's So Tough
10 - Party Girls
MP3 (320 kbps) + artwork


lundi 13 novembre 2017

MOLLIE MARRIOTT ~ Truth Is A Wolf [2017]


Mon cœur est à l'agonie... Evidemment, j'attendais cet album; bien sûr, je rêvais de l'aimer... C'est raté... Quand donc apprendrais-je de mes erreurs passées?... Avec l'expérience, je pense qu'on peut deviner (presque à coup sur) les qualités d'un album rien qu'en scrutant sa pochette. Celle-ci ne me disait rien qui vaille : trop de fard à paupières, trop de bagouzes et, surtout, trop de franges sur le cuir trop neuf. On n'a pas le droit de s'afficher avec un tel blouson lorsqu'on s'appelle Marriott. Papa Steve, il faut s'en souvenir, fut le premier à jeter un pont entre mods et rockers en portant un cuir avec une paire de pantalons hipsters. Ceux qui se foutent de ce qu'ils nomment des détails sont les mêmes qui ne savent pas faire la différence entre une guitare Rickenbacker et une Ibanez ou entre les feulements de Wanda Jackson et les braillements de Pat Benatar (nous y reviendrons). Molly n'est plus une jeune pucelle, elle a dépassée la trentaine, enregistrée des chœurs pour des gens de la trempe de Wilko Johnson, et Paul Weller (trop fidèle, lui aussi) joue sur deux titres : elle n'avait donc pas le droit de nous infliger ce bousin. La fille sait chanter (on pourra éventuellement lui reconnaître un timbre oscillant entre Emmylou Harris et Lou Ann Barton), mais la musique respire le rock sans rock (et sans roll) très vaguement teintée d'un semblant de country, en fait du papier peint découpé au kilomètre et que seuls les amateurs de Pat Benatar (il paraît qu'ils ne sont pas tous décédés) pourront apprécier. Je me suis infligé la torture jusqu'au bout, des fois qu'une pépite se serait cachée dans un recoin - las, rien n'est à sauver dans cette mélasse. Mon cœur est à l'agonie...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]           


01 - Control
02 - Broken
03 - Truth Is A Wolf
04 - Give Me A Reason
05 - Run With The Hounds
06 - Love Your Bones
07 - Transformer
08 - Fortunate Fate
09 - King Of Hearts
10 - My Heaven Can Wait
MP3 (320 kbps) + front cover


vendredi 10 novembre 2017

WIM MERTENS ~ Strategie De La Rupture [1991]


Voilà une petite anecdote qui vient de m’arriver. C’était au cours d’un week-end romantique prolongé à Prague. Plus exactement, lors de notre première soirée, alors que nous découvrions cette splendide capitale et arrivions au milieu de cette merveilleuse Place de la Vieille Ville, baignée dans la lumière fuchsia et vaporeuse de la nuit, avec ses églises et bâtiments d’un autre âge, magnifiques et aux couleurs presque irréelles. Et là, venu de nulle part, retentit les soudaines vibrations d’un vrai piano aux velléités quasi classiques. Un air qui flotte dans l’étrange obscurité, joué par un illustre inconnu au milieu de cette place ensorcelante. Et d’une manière très improbable, je reconnais immédiatement la pluie impromptue de notes qui ruissellent sur la foule cosmopolite, quoi que très certainement inculte au troublant sortilège qui s’empare de moi: celui notamment provoqué par la musique de Wim Mertens, que curieusement je voulais vous présenter ici prochainement. Et tout ça ressemble vraiment à une sorte de rêve. A un moment parfait où la vie offre ces magnifiques hasards, si chers aux surréalistes. Donc on ne peut lutter contre le destin. Alors voici ce disque de Wim Mertens. J’ignore ce qu’en pense l'intelligentsia du monde classique, mais il s’agit d’un artiste plutôt prolifique qui propose souvent une approche musicale minimaliste et répétitive. En l’occurrence, ici, avec juste son piano et parfois sa voix de contre-ténor, qui se déploie dans un chant sans vibrato, plus précisément un chant de gorge que le musicien s’est créé par nécessité intérieure. Une musique en forme de pas de côté entre classique et modernité qu’on a pourtant l’impression de connaître depuis toujours. Et pas besoin d’aller à Prague pour le vérifier ou l’écouter, même si, bien sûr, je vous le souhaite de tout cœur.
Audrey SONGEVAL [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]


01 - Darpa
02 - Wia
03 - Jaat
04 - Houfnice
05 - Hufhuf
06 - Iris
07 - Humvee
08 - Kanaries
09 - Awol
MP3 (320 kbps) + front cover
COOL 74


mercredi 8 novembre 2017

ARTISTES DIVERSES ~ Elles Chantent Barbara [HMC. 2017]


Les hommages à Barbara se multiplient et le film de Mathieu Amalric n'y est certainement pas étranger. Ceci m'a permis d'accélérer un projet que je voyais pourtant mal parti : vous proposer un florilège de reprises des chansons de la Grande Dame. En plusieurs mois, je n'avais collecté que quatre ou cinq interprétations intéressantes. On appréciera tout particulièrement l'hommage rendu par des chanteuses pour qui Barbara ne faisait pas partie du paysage musical d'origine : Angélique Kidjo, Melody Gardot, Helen Merrill, Hindi Zahra, Luz Casal, Rokia Traoré et l'allemande Christine Maringer-Tries, plus connue comme la voix féminine du duo Balance. Quant à certaines francophones, elles gagnent à s'aventurer dans ce répertoire plus valorisant que les niaiseries qu'on leur connaît habituellement.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]


01 - Marie-Paule Belle - L'Aigle Noir
02 - Lara Fabian - Göttingen
03 - Camélia Jordana - Septembre
04 - Angelique Kidjo - Le Soleil Noir
05 - Virginie Ledoyen - Cet Enfant-Là
06 - Hindi Zahra - Say, When Will You Return
07 - Juliette - Mes Hommes
08 - Daphné - Petite Cantate
09 - Helen Merrill - Pierre
10 - Christine Maringer-Tries - Göttingen (avec Louis Capart)
11 - Rokia Traoré - Au Bois De Saint-Amand
12 - Nolwenn Leroy - Dis, Quand Reviendras-Tu
13 - Melody Gardot - C’Est Trop Tard
14 - Luz Casal - Attendez Que Ma Joie Revienne
15 - Cecile McLorin Salvant - Le Mal De Vivre
16 - Jeanne Cherhal - Nantes
17 - Louane - Mon Enfance
18 - Elodie Frégé - Parce Que Je T’Aime
19 - Olivia Ruiz - Gueule De Nuit
20 - Zazie - La Solitude
MP3 (320 kbps) + front cover


lundi 6 novembre 2017

IAN DURY ~ New Boots And Panties !! [40th Anniversary Edition] [4CD] [1977]


Quand j'étais gamin, j'adorais miser mon petit flouze sur de la marchandise de contrebande (souvent à la limite de l'écoutable)... Aujourd'hui, il ne se passe guère de semaines sans qu'on nous propose du live et de la demo en veux-tu (ou pas), en voilà ! La raison voudrait que j'ignore tous ces machins qui ont tendance à diluer l'oeuvre, mais, dans ma tête, un gosse hurle : "entasse, ça pourra toujours servir !" La version Deluxe de New boots and panties !! n'a guère plus d'un an et on voudrait déjà nous refourguer celle-ci. A l'album joliment remasterisé et aux demos ont été ajoutés un lot de choses plus ou moins rares et un concert millésimée (il ne manque que Ian chantonnant sous la douche et Ian sifflotant en faisant popo !). S'agissant d'un des disques les plus cool de tous les temps, j'ai écouté le morveux, et j'ai entassé. Je suppose qu'on ne se refait pas. Cela me donne l'occasion de vous en parler une nouvelle fois et je ne suis pas certain que ce soit du luxe. Cet album est un sommet de coolitude absolue. Pour beaucoup, c'est du charabia de vendeur de bagnoles d'occasion. Or, pas du tout ! Cela signifie que vous pouvez l'écouter à n'importe quelle heure, quelque soit la saison ou votre état d'esprit et qu'il vous fera toujours le même bien fou. Il s'agit d'un immense disque de rockandpopandsoulandfunkandskaandandsoon administré avec l'air de ne pas y toucher par une bande de gars touchant méchamment leur bille mais bien décidés à ne pas fanfaronner plus que nécessaire. En une poignée de secondes, ce chef-d'oeuvre que tous les punks écoutaient pour s'extraire de la furia ambiante peut vous transformer en petit frère de Jimmy Dean relevant le col de son blouson cramoisi avant de s'en aller affronter l'existence... Miracle de la ratatouille fusionnelle, si les influences musicales sont essentiellement ricaines, Ian et ses sorciers sont parvenus à lui donner un savoureux goût de pluie et d'arrière salle de pub typiquement British. Rigoureusement Indispensable.
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]             


CD1 :
01 - Wake Up & Make Love With Me
02 - Sweet Gene Vincent
03 - I'm Partial To Your Abracadabra
04 - My Old Man
05 - Billericay Dickie
06 - Clevor Trever
07 - If I Was With A Woman
08 - Blockheads
09 - Plaistow Patricia
10 - Blackmail Man
CD2 :
01 - Sex & Drugs & Rock & Roll
02 - Razzle In My Pocket
03 - You're More Than Fair
04 - England's Glory [Live]
05 - Close To Home
06 - Two Steep Hills
07 - Sex & Drugs & Rock & Roll [BBC John Peel Sessions, 12-12-1977]
08 - Clevor Trever [BBC John Peel Sessions, 12-12-1977]
09 - Sweet Gene Vincent [BBC John Peel Sessions, 12-12-1977]
10 - Blockheads [BBC John Peel Sessions, 12-12-1977]
CD3 :
01 - Wake Up & Make Love With Me [Demo]
02 - Sink My Boats [Demo]
03 - Apples [Demo]
04 - England's Glory [Demo]
05 - Tell The Children [Demo]
06 - I Made Mary Cry [Demo]
07 - Sweet Gene Vincent [Backing Track] [Demo]
08 - Blackmail Man [Demo]
09 - My Old Man [Demo]
10 - Something's Going To Happen In The Winter [Demo]
11 - Wifey [Demo]
12 - Sink My Boats [Alternate Version] [Demo]
13 - I'm Partial To Your Abracadabra [Demo]
14 - If I Was With A Woman [Demo]
15 - Sex & Drugs & Rock & Roll [Demo]
16 - Clevor Trever [Demo]
17 - Blockheads [Demo]
CD4 :
01 - Sex & Drugs & Rock & Roll [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
02 - Wake Up & Make Love With Me [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
03 - Clevor Trever [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
04 - Plaistow Patricia [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
05 - I Made Mary Cry [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
06 - What A Waste [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
07 - Blockheads [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
08 - If I Was With A Woman [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
09 - Upminster Kid [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
10 - Sweet Gene Vincent [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
11 - Sex & Drugs & Rock & Roll (Reprise) [Live At The Paris Theatre, London, 01-07-1978]
MP3 (320 kbps) + front cover


jeudi 2 novembre 2017

Zen Arcade again...


Au final, combien existe-t-il de double albums qui comptent vraiment ? Parce qu'il faut tout de même posséder une haute estime de soi pour nous balancer une telle somme d'un coup - ou alors avoir le cœur plein de trop d'amour et de trop de colère... Sur Zen arcade, chaque chanson compte, et chaque chanson ressemble à la proverbiale goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dans le rock comme ailleurs, on peut tricher : à coups de producteurs, d'effets de manches, d'invités, d'outrances dépassant la caricature... Ici, d'aucuns vous diront qu'on tient le vrai truc, que même si le groupe l'avait décidé, ces chansons-là ne se seraient pas laissées maquiller...  One, two, three et pan dans la trogne : c'est à prendre ou à prendre ! Ce qui n'empêche pas les subtilités, loin s'en faut. A la réécoute, j'ai songé à ce passage mythique dans le Voyage au bout de la nuit, quand le narrateur nous décrit les cadavres de chevaux et le crâne du colonel qui glougloute... Avec Zen arcade, c'est surtout le cerveau de l'auditeur qui fait des bulles. Certains n'hésiteront pas à s'enfermer dans l'une d'elle pour s'expédier voguer ailleurs. Zen arcade est un disque traumatisant qui soigne des autres traumatismes, c'est le disque qu'on pose sur la platine quand tant d' autres ont échoué...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]


lundi 30 octobre 2017

HÜSKER DÜ ~ Zen Arcade [1984]


"I Was Standing By The Sea."
Où il sera question de double-albums. Mais pas que. De Bob Mould aussi il sera question, je vous ai déjà emmerdé avec Bob Mould, les plus anciens d’entre vous s’en souviendront. Double nickels on the dime, en voilà un fameux de double-album. Écrit en tout petit au dos de sa jaquette : "Take That, Hüskers !" Ce n’était là qu’un message hautement révérencieux des Minutemen à leurs collègues de label qui venaient de les mettre sur le cul avec ce Zen arcade de feu et les auront incités à sortir eux-même ce double-album de, euh… feu (là je parle de Double nickels, vous suivez ?) Tiens, à-propos de révérence on peut pas dire que ce soit le le fort de Paulo et ses Mats et pourtant, ce putain de morceau sur leur premier album: Something to Dü, vous faut un dessin ? Le voilà le dessin : les Replacements ne seraient pas devenus le plus Grand Groupe du Monde (de 1987) s’ils n’avaient pas longtemps ferraillé avec le Plus Grand Groupe du Monde (de 1984). Les murs du First Avenue et son annexe 7th Street Entry en tremblent encore 40 ans plus tard, sacré vivier que cette Minneapolis Area dans les 80’s. C’est pas le fantôme de Roger Nelson qui dira le contraire. Greg Norton lui (c’est le troisième larron) nous expliquera tout ça en renvoyant l’ascenseur dans ce fameux Color me obsessed dont je vous ai tant perlé mais que vous avez pourtant oublié. Un putain de bassiste ce Norton ! Mais revenons donc à Zen arcade. Où il ne sera par contre pas question de producteur  ni de production. Je sais que beaucoup d’entre vous êtes attachés aux plus brillants spécimens de la profession, moi aussi mais c’est juste pour ramener ma science, en fait bien-produit mal-produit je m’en carre tant qu’on a l’émotion (et des trucs à raconter …) Donc là pas d’inquiétude, faut dire que le budget du truc s’est élevé à 3200$ TTC. Même en 83 c’est un peu comme au tribunal, quand t’as pas un rond tu prends l’avocat commis d’office, là c’est le producteur-maison de chez SST. J’ai bien lu son nom mais je lai oublié et je suis sûr que vous ne me le réclamerez pas. Je dis 83 parce que c’est l’année de son enregistrement, il est bien sorti en 84. Enfin, l’année… le mois plutôt, octobre. Enfin le mois… 40 heures pour l’enregistrer (tout en une seule prise à 2-3 morceaux près), 40 autres pour le mixer et c’est parti. Où l’on découvre qu’il n’est pas besoin de Producteur pour construire un Mur du Son. Et l’anéantir dans la foulée, comme un barrage qui explose et déverse son maelström, sauf qu’ici il est incandescent. Laissez-vous emporter de bout en bout, c’est impératif, pour comprendre comment les Hüskers ont pu en arriver là. Vous entendrez les heures passées à improviser/répéter dans cette église devenue squat à Saint-Paul la jumelle. Vous suivrez l’itinéraire de cet ado qui cherche à s’extirper d’un quotidien glauque, désespéré et violent pour une vie meilleure… mais je n’irai pas plus loin. S’il vous en prend l’envie vous trouverez ailleurs tous les détails de cette histoire. Car non cet album n’est pas que double, c’est aussi un concept. Un Quadrophenia thrash, oui avec deux h, ai-je lu quelque part … Mais ce seront là des Who dépenaillés, affamés et débarrassés de tout superflu tel que Roger Daltrey. Aaahhhh je vous entend déjà gueuler là mais j’m’en fous j’en démordrai pas. On garde Entwistle bien sûr, voir plus haut. Quant à Moon je vous laisse poursuivre.Où non, l’analogie n’est pas stupide entre ces double-albums, mais jamais je ne citerai  Tommy. Comme il se doit dans ces cas-là (le concept) et ne m’en voulez pas si j'insiste, il est impératif de s’immerger totalement et d’enchaîner les morceaux de bout en bout, interludes acoustiques où à cordes y compris. La récompense c’est que si vous tenez jusque-là le dernier vous laissera sonnés, hagards, perdus, c’est une promesse. Où donc il ne sera pas question d’isoler telle ou telle chanson. A moins que… à moins que je ne vous parle de ce truc que je me passe en boucle depuis des semaines et croyez-moi j’exagère pas : en boucle. Bah ouais moi j’le connais le concept je m’autorise des écarts. Enfin, je m’autorise rien, je suis juste envoûté par Pink turns to blue, ses lyrics terrifiants, son imparable refrain et ce court solo à ranger dans ce que Bob Mould cet étonnant ferrailleur hardcore a produit de meilleur, sans esbroufe aucune, pas le genre de la maison, hey, quand il faut le sortir en concert à 200 à l’heure il… sort. C’est pourtant son alter-ego (et batteur extraordinaire, et futur ennemi mortel…) qui a composé et illumine de son aura ce diamant radio-actif et désespéré. Grant Hart est un génie que j’ai honte d’avoir longtemps négligé, aveuglé que j’étais par Mould et son parcours/discours implacable/impeccable. Il m’a véritablement conquis, le mot est faible, en 2013 à la sortie de The Argument cet immense double-concept-album (bingo !) basé sur une nouvelle de John Milton et un inédit de William Burroughs. Ce disque j’ai longtemps voulu vous en parler mais je ne savais pas comment l’aborder. Son côté cérébral peut-être, ce qui est loin d’être une insulte je m’empresse de le préciser, je ne me sentais juste pas à la hauteur. Mais voilà, aujourd’hui j’avais besoin de me livrer un peu et je n’ai rien trouvé de plus adapté que Zen arcade et son déluge de coups et blessures électriques. Et cérébraux, oui, cérébraux aussi. Grant Hart et moi sommes nés la même année (et un 18, chiffre-clé pour moi) mais depuis le 13 septembre dernier il n’aura plus jamais le même âge que moi. Où même sous un déluge certains coups font plus mal que d’autres.
Everett W. GILLES [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]



01 - Something I Learned Today
02 - Broken Home, Broken Heart
03 - Never Talking To You Again
04 - Chartered Trips
05 - Dreams Reoccurring
06 - Indecision Time
07 - Hare Krsna
08 - Beyond The Threshold
09 - Pride
10 - I'll Never Forget You
11 - The Biggest Lie
12 - What's Going On
13 - Masochism World
14 - Standing By The Sea
15 - Somewhere
16 - One Step At A Time
17 - Pink Turns To Blue
18 - Newest Industry
19 - Monday Will Never Be The Same
20 - Whatever
21 - The Tooth Fairy And The Princess
22 - Turn On The News
23 - Turn On The News
24 - Reoccurring Dreams
MP3 (128 kbps) (par respect pour ce son brûlant qui ne tolérera rien d’autre) + front cover