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jeudi 30 novembre 2017

Jazz En France - Volume VIII : Michel Petrucciani [HMC. 2017]


"Je suis un mec qui perd pas de temps." Michel Petrucciani pressentait que sa vie serait brève, et il l'a menée tambour battant. Premier enregistrement à l'âge de dix-sept ans, où il fait déjà preuve d'une maturité étonnante. L'année suivante, il s'installe en Californie où il convainc le saxophoniste Charles Lloyd de remonter sur scène. Au cours d'une courte carrière de dix-neuf ans, il grave vingt-quatre albums sur lesquels il croise la route de noms prestigieux du jazz français et international : Wayne Shorter, Marcus Miller, Joe Lovano, Eddie Louiss, Aldo Romano. Malgré cela, l'essentiel de sa discographie se compose de sessions en solo, en duo ou en trio. Le style volubile du Michel des premières années s'accommode d'ailleurs mieux de ces petites formations. Ce florilège respecte méticuleusement la chronologie, sans exclure les premières sessions où Michel joue sur des pianos un peu douteux, voire complètement désaccordés, comme dans l'album Estate enregistré en Italie sur un piano qui tient plus de la casserole que d'un instrument digne du pianiste orangeais. C'est en partie pour cette raison qu'on trouve une deuxième version de ce thème (Estate) cher aux aficionados de Claude Nougaro. Deux versions également de September second, d'abord parce ce thème est magnifique et ensuite parce qu'elles sont suffisamment différentes pour illustrer deux facettes du musicien. Il n'y a quasiment rien à jeter dans la discographie de Michel Petrucciani, mais je vous recommande particulièrement Lovelee, en duo avec Steve Lacy, enregistré au Bösendorfer Center de Paris sur un excellent piano. Également la première version de September song avec une section rythmique fabuleuse, composée notamment d'Omar Hakim (Weather Report, Steps Ahead, David Bowie), l'un des meilleurs batteurs à avoir accompagné Michel. Et aussi Turn around enregistré en public au Newport Jazz Festival où l'on entend Michel ânonner à la manière d'un Glenn Gould ou d'un Keith Jarrett. Pour la même raison, prêtez une oreille attentive à Charlie Brown avec Tony Williams et une section de cordes, à Chimes avec Steve Gadd, et au monument du jazz français Les Grelots avec Eddie Louiss. Michel repose en bonne compagnie au cimetière du Père-Lachaise, à côté de Frédéric Chopin, de Jim Morrison ou de Mano Solo. Je me souviendrai toujours de son arrivée sur scène dans les bras d'Aldo Romano et de sa façon de sauter d'un bout à l'autre du clavier en s'appuyant des deux mains sur son siège.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]

"Je raconte à Sylvie comment j'ai connu Petrucciani dès 1976 par René Giner à Béziers, à Sète, dans toute la région que ce "Jazzimodo" écumait. On se moquait de lui (surtout Paudras), mais peu à peu, du "C'est pas mal pour son âge et sa difformité", le milieu du jazz est passé à "C'est génial malgré son handicap". De monstrueux, il était devenu "monstrueux". Je le reverrai toujours au Cardinal Paf en 1980 pour la sortie de To Bird with love. Aldo Romano avait un peu le bras fatigué de le porter comme un fauconnier son oiseau précieux et redoutable, alors il l'a installé dans une niche de la cave voûtée. Dans la pénombre enfumée, Petrucciani ressemblait à une gargouille médiévale encastrée dans la pierre, vomissant des jurons..." (Marc-Edouard NABE in Kamikaze, Journal Intime 4)
Michel Petrucciani est comme les très belles actrices, on parle toujours de son physique avant d'évoquer son talent ! Enfin assit sur le tabouret, il pouvait oublier ce corps ingrat et le regard des autres, transformé en une oreille géante et décollée par le plaisir. Là, il lâchait ses doigts telle une armée d'araignées à l'attaque des touches d'ivoire. Là, le freak devenait magicien...
Jimmy JIMI


CD1 :
01 - Hommage A Enelram Atsenig (1981)
02 - Afro Blues (1981)
03 - Estate (1982)
04 - Lee Konitz & Michel Petrucciani - Lovelee (1982)
05 - Amalgame (1982)
06 - Turn Around (1983)
07 - Say It Again And Again (1984)
08 - Bimini (1986)
09 - She Did It Again (1987)
10 - O Nana Oye (1989)
11 - September Second (1991)
CD2 :
12 - Estate (Live At The Arsenal 1991)
13 - Billie's Bounce (1992)
14 - In A Sentimental Mood (1993)
15 - Blues In The Closet (1994)
16 - Besame Mucho (1994)
17 - Charlie Brown (1994)
18 - Les Grelots (1994)
19 - Little Peace In C For U (1995)
20 - Chimes (1997)
21 - September Second (1997)
MP3 (320 kbps) + front cover


mardi 28 novembre 2017

JOHNNY THUNDERS & THE HEARTBREAKERS ~ L.A.M.F. The Lost '77 Mixes [40th Anniversary Remastered] [1977]


Le voici remasterisé de frais et on ne va pas faire semblant d'avoir envie de le réécouter pour la énième fois... Certains fouilleurs de crottes de nez n'hésitent pas à dire que la cote de Johnny Thunders est surévaluée : voila qui est croquignolet ! Les deux premiers New York Dolls (quoiqu'on pense de leur production), ce Like a mother fucker, So Alone, Hurt me, sans oublier le délicieux Copy cats enregistré avec Patti Palladin... J'en connais qui tueraient toute leur famille et l'ensemble du voisinage pour avoir une telle discographie !... Un album pareil mériterait un livre à lui seul pour conter le changement de nom, le bassiste démissionnaire (une spécialité de Richard Hell), les différents mixes, le batteur overdosant dans la baignoire, Londres à feu et à sang (avec la vente de seringues multipliée par cent car tout n'est pas forcément glamour dans cette histoire), les looks de dandies décharnés et, surtout, cette ribambelle de chansons qui, mieux que des tubes, sont toutes des hymnes à apprendre par cœur. Ce disque mérite le plus beau des compliments : il donnait envie de fonder un groupe... Je l'ai réécouté, ce matin, sur le chemin du boulot, et j'ai pleuré de joie, tout seul dans mon coin, sur le quai de la gare de Juvisy ! Ah, cette rythmique qui pousse vers les derniers retranchements sans jamais bourriner; ces guitares (refusant les trop faciles effets mitraillettes) qui saignent les étoiles à blanc; cette voix de voyou séducteur tellement sexy... Sous les riffs vicieux (et c'est l'un des immenses tours de passe passe de ce chef-d'oeuvre), on peut entendre l'écho magique des mantras fifties, du maximum rhythm'n'blues, du doo wop, des girls groups... C'est un condensé parfait de rock'n'roll joué avec une rage et une émotion futuristes ! On a rarement fait aussi magnifique.
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]                   


01 - Born To Lose
02 - Baby Talk
03 - All By Myself
04 - I Wanna Be Loved
05 - It's Not Enough
06 - Chinese Rocks
07 - Get Off The Phone
08 - Pirate Love
09 - One Track Mind
10 - I Love You
11 - Goin' Steady
12 - Let Go
13 - Can't Keep My Eyes On You
14 - Do You Love Me
MP3 (320 kbps) + front cover


jeudi 23 novembre 2017

JIM WHITE ~ Waffles, Triangles & Jesus [2017]


"The whole damned world is playing guitars."
T’as des mecs ils font toujours le même disque. Ouais, des nanas aussi bien sûr, faudrait peut-être se mettre à l’écriture officielle, comment qu’ils l’appellent déjà, je sais plus, on écrirait des mec.e.s c’est ça ? Nous voilà bien. Quoi qu’il en soit on leur en veut pas (aux mec.e.s qui font toujours le même disque) c’est pour ça qu’on les aime, on a adoré leur premier disque et roule ma poule. Des fois ils sortent un chef d’œuvre, soit le même disque mais en mieux. T’as des mec.e.s (ok c’est la dernière, promis j’arrête) qui touchent à tout et au reste. Seuls ou accompagnés : et que je joue avec untel, et que je te produis Machin, et que je te filme un documentaire improbable hé ouais puisque que je touche à tout. T’en as qui incarnent à eux seul un genre défini, d’autres qui sont un genre à eux tout seul, j’espère que vous saisissez la différence sinon vous pouvez toujours demander je vous expliquerai pas, merde, faites un effort. Et t’as Jim White qui fait tout ça à la fois. On reprend ? Americana, ce terme qu’on abhorre, on dirait qu’il a été inventé pour notre Héros du jour, non mais écoutez-moi ça… et ouais, trois chansons plus tard ça vole en éclats. Et là tu te retrouves avec du Jim White tel que seul Jim White sait en faire, ce que les trente-sept (à vue de nez…) premières secondes du premier morceau t’avaient laissé subodorer. Avant que telle ou telle orientation jazz ou gospel ou autre ne t’amène à te demander: "mais qu’est-ce que j’écoute ?" Et là, temps d’arrêt, puis tu te réponds : "mais c’est du Jim White !". Le tout bien sûr tout haut avec l’intonation utilisée quand on raconte la blague sur les mec.e.s (ah merde…) qui habitent près de Niagara Falls. Pas de surprise pour l’orientation Appalachienne par contre, y a pas si longtemps JW cosignait un disque bluegrass avec un groupe de traditionalistes modernes du genre (ça fait peur hein ?) basé à Athens, son nouveau domicile et ma Rock-City à moi. Bien loin de Niagara Falls j’en conviens mais l’ami Jim (je dis l’ami Jim parce qu’en fait y a quelques années j’ai participé au crowd-funding de l’un de ses disques, pas assez pour qu’il vienne jouer à la maison, ce qui était prévu à partir d’un certain montant mais j’ai décidé de faire comme si…) est un pur sudiste, initialement du fin fond tordu et marécageux de la Floride. Là c’est lui qui invite, au hasard Holly Golightly (vous vous souvenez de Holly Golightly ? Non ? Tant pis) sur cet énormissime Earnest T. Boss… au titre magnifiquement taré, JW est un spécialiste des titres tarés, chanson comme album. A propos, mon album préféré du Jim, celui que je trouvais de loin le meilleur parmi tous les identiques/différents qu’il a sortis, c’était: Drill a hole in that substrate and tell me what you see, si ça c’est pas un titre taré, et cet incroyable premier morceau en duo avec, avec… Aimee Mann bien sûr ! Z’aimez pas Aimee (haha) ? Moi chuis dingue d’elle. Et je dis pas ça pour tenter (en vain) de contrecarrer les idées préconçues d’Audrey sur mes préférences sexuelles non non, j’aime Aimee, j’ai tous ses disques. Ceci posé (les nanas donc, ou les mec.e.s) sa collaboration la plus déglinguée et perverse fut bien Hellwood, cet incroyable et éphémère duo que Jim fonda avec Johnny Dowd et qui nous donna cet inclassable: Chainsaw of life chroniqué en son temps chez Marius (et par John Warsen un peu plus tard, je sais que tu guettes ..) Je crois bien vous avoir déjà parlé de Johnny Dowd, j’adore Johnny Dowd. Mais mais mais mais mais : tout ça c’était avant. Avant ce double-vinyle que vous tenez entre les mains (c’est encore la fête à Zen Arcade !), so to speak comme disent nos amis britons, au titre tordu mais on en a pris l’habitude, et à la magnifique pochette. Jim White fait toujours de magnifiques pochettes et c’est "lui qui les fait" (à dire bien sûr avec l’intonation de… ok j’arrête). Les disques de Jim White m’ont toujours donné envie de rire, pleurer, chanter, comprendre ce qui s’y passait vraiment et être enfin invité à cette table ou mangent ensemble, entre autres convives dépenaillés, Dieu et le Diable sans qu’il soit vraiment possible de bien les distinguer, le rêve de tout athée qui se respecte. Mais jamais, JAMAIS autant qu’à l’écoute de Waffles, triangles & JesusCe truc m’a laissé béat, sans voix et démuni de quelque argument que ce soit pour vous le recommander (c’est pour ça que j’ai fait court, en plus j’ai pas le temps faut que j’aille bosser) autre que ce bref commentaire privé à Jimmy sur un post d’Audrey: "Il se pourrait bien que le dernier Jim White (après quatre écoutes successives) soit son meilleur." Après vingt écoutes successives je me dis qu’il serait bon que je vous en fasse une chronique, vous risqueriez sinon de passer à côté. J’attends d’abord de redescendre de mon nuage sinon je serais capable d’écrire des conneries.
Everett W. GILLES [Vous prendrez bien le temps d’un petit commentaire !]

Qu'allons-nous devenir si chaque album de Jim White est supérieur au précédent ?! Pas plus tard qu'hier, il était question de disques qui rendent heureux: si je n'étais pas si impatient que vous le découvriez, je vous conseillerais de l'écouter un dimanche matin à la météo bien morose: il vous sauverait le week-end et la poignée de mois suivants ! Pour faire la nique à cette époque qui voudrait que tout soit terminé avant de commencer, Waffles, triangles & Jesus se vautrent allègrement dans les tempos lents. Pour faire la nique à cette époque qui prétend que tout a déjà réalisé cent fois, mille fois, Jim White réinvente le folklore américain qu'on pensait usé jusqu'à la dernière vieille corde de banjo pourri. Un tas de jeunes groupes se croient malins en mélangeant tout ce qui leur tombe sous la main: la plupart du temps, c'est aussi ragoutant que de manger une choucroute à la merguez ! Ici, l'affaire est un tantinet plus subtile - tellement, en fait, qu'on ne pige absolument rien aux trucs que la langue est en train de nous faire dans l'oreille ! D'accord, il y a bien ce batteur qui semble inventer son instrument à mesure qu'il joue, ce violon qui chatouille comme si nous possédions un clitoris auditif ou cette trompette échappée d'un nulle part féerique, mais ça n'explique pas tout... Avec l'air (presque) innocent de ne pas y toucher, Jim White réinvente la jeunesse sans toucher à un bistouri. Ce type est un magicien. Merci de ne pas ménager vos applaudissements avant de quitter la salle pour retourner dans la vie !  
Jimmy JIMI             



01 - Drift Away
02 - Long Long Day
03 - Playing Guitars
04 - Far Beyond The Spoken World
05 - Silver Threads
06 - Prisoner's Dilemma
07 - Reason To Cry
08 - Wash Away A World
09 - Earnest T. Bass At Last Finds The Woman Of His Dreams
10 - Here I Am
11 - Sweet Bird Of Mystery
MP3 (320 kbps) + front cover


mercredi 22 novembre 2017

NEIL FINN ~ Out Of Silence [2017]


Le monde n’a sans doute pas besoin d’un nouvel album de Neil Finn. D’autant plus que l’artiste n’aura jamais intégralement réussi ses albums, sauf que certains savent qu’il aura écrit quelques-unes des chansons les plus touchantes et renversantes des mid-80/90’s, et cela le rend finalement bien plus précieux à mes yeux. Inutile de dissimuler qu’il va s’agir ici du versant le plus tendre et sentimental de la musique populaire, bref, quelque part du côté de Paulo (non, pas celui dont on vous bassine d’habitude ici, mais celui qui a plus que sixty-four). Sur ce plan, Neil Finn n’a pas changé, et on lui en sera gré. Seulement, les années filent, et le chanteur dévoile un visage un peu meurtri qui ne ment pas sur son âge; il y a aussi dans la voix, malgré sa constante limpidité, comme une fêlure inattendue; on notera également des chansons qui savent rester dépouillées malgré des arrangements discrètement ouvragés. Mais, l’essentiel n’est pas là, on sent dans cette musique un vrai geste d’amour, une générosité pour rendre les gens un peu plus heureux, même dans la peine. Bien sûr, à son âge, Neil Finn sait certainement qu’il a perdu d’avance, mais cela ne l’empêche pas d’essayer. Alors Neil Finn chante comme le font les grands sentimentaux parce que c’est une fois de plus sa seule arme. Au final, d’accord, le monde n’a sans doute pas besoin d’un nouvel album de Neil Finn, mais il est néanmoins un peu meilleur de savoir que celui existe quand même, et que cet artiste a gardé la foi dans le modeste pouvoir de la musique. Bref, un joli disque, très court, et tout en pudeur, qu’on pourra ranger tout près des premiers disques de Colin Blunstone et écouter pour profiter quand viendra la froidure de l’hiver de sa douce et chaleureuse humanité.
Audrey SONGEVAL [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]


01 - Love Is Emotional
02 - More Than One Of You
03 - Chameleon Days
04 - Independence Day
05 - Alone
06 - Widow's Peak
07 - Second Nature
08 - The Law Is Always On Your Side
09 - Terrorise Me
10 - I Know Different
MP3 (320 kbps) + front cover
COOL 78


mercredi 15 novembre 2017

ODETTA ~ Odetta Sings Dylan [1965]


On retrouve plusieurs fois la même peinture dans l'oeuvre de J.D. Salinger. D'abord, le frère du narrateur jette une pierre au visage d'une de leurs jeunes voisines parce qu'il la trouve trop belle. Ailleurs, le même (ou presque) annule son mariage, le matin de ses noces, parce qu'il se trouve trop heureux (quelques jours et plusieurs pages plus tard, il se tirera une balle en pleine tête certainement pour la même raison). Je ne sais trop ce que vaut ce parallèle, mais je pense souvent à ces images quand je m'autorise à écouter Odetta. Sa voix et sa guitare sont si pures qu'elles peuvent devenir d'une insupportable beauté. Cet album, comme toute l'oeuvre d'Odetta, et donc à prendre avec des pincettes. Au-delà de cette perspective esthétique et quasi philosophique, ce disque est particulièrement rare car il est peu courant qu'un artiste établi et adulé par ses pairs rende ainsi hommage à un jeunot sur l'étendu d'un album complet. La pochette dit presque tout: on n'est pas là pour rigoler, juste se jeter dans l'extase !
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]     


01 - Baby, I'm In The Mood For You
02 - Long Ago, Far Away
03 - Don't Think Twice, It's All Right
04 - Tomorrow Is A Long Time
05 - Masters Of War
06 - Walkin' Down The Line
07 - The Times They Are A-Changin'
08 - With God On Our Side
09 - Long Time Gone
10 - Mr. Tambourine Man
11 - Blowin' In The Wind
12 - Paths Of Victory
MP3 (320 kbps) + artwork


mardi 14 novembre 2017

MINK DEVILLE ~ Cabretta [1977]


L'Histoire m’acquittera car je n'avais que treize ans en 1977. Pourtant, j'avais tenté de prendre de l'avance en achetant mon premier Beatles entre ma huitième et ma neuvième année. Las, pendant la révolution punk, j'en étais encore à essayer de démêler l'extraordinaire écheveau du passé. L'Histoire m'acquittera, mais je m'en voudrais toujours de ne pas avoir découvert Ramones, Heartbreakers, Pistols, Clash ou Damned en temps réel. Pour tout vous dire (et vous allez pouffer), le seul album étiqueté punk que j'achetai à l'époque fut... le premier Starshooter (j'avais prévenu)! Pendant ce temps, Willy et ses potes fomentaient leur propre révolution dans leur coin. Je crois qu'ils s'en foutaient un peu des "one, two, three, four" et de la furia des guitares fonçant avec panache dans tous les murs à proximité, mais ils furent suffisamment finauds pour se laisser porter par la vague. Willy, comme la plupart des grands rock'n'rollers, était un homme à fantasmes, et ce premier album fut mille fois construit et déconstruit dans sa tête avant même qu'il n'accorde sa première guitare. Superbement produit par Jack Nitzsche, on y retrouve une somme merveilleuse d'obsessions allant du rhythm'n'blues uptown au doo wop en passant par le son girls group ou les magnificences du Brill Bulding - le tout enveloppé dans des velours cramoisis et des dentelles affriolantes. Premier volet d'un des plus magnifiques triptyques de tous les temps, il laisse à entendre ce qui existe de plus excitant : de l'élégance mais avec du nerf. Il n'a pas pris une ride et n'en prendra jamais. "I see you walking down the street..." 
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

          
01 - Venus Of Avenue D
02 - Little Girl
03 - One Way Street
04 - Mixed Up, Shook Up Girl
05 - Gunslinger
06 - Can't Do Without It
07 - Cadillac Walk
08 - Spanish Stroll
09 - She's So Tough
10 - Party Girls
MP3 (320 kbps) + artwork


lundi 13 novembre 2017

MOLLIE MARRIOTT ~ Truth Is A Wolf [2017]


Mon cœur est à l'agonie... Evidemment, j'attendais cet album; bien sûr, je rêvais de l'aimer... C'est raté... Quand donc apprendrais-je de mes erreurs passées?... Avec l'expérience, je pense qu'on peut deviner (presque à coup sur) les qualités d'un album rien qu'en scrutant sa pochette. Celle-ci ne me disait rien qui vaille : trop de fard à paupières, trop de bagouzes et, surtout, trop de franges sur le cuir trop neuf. On n'a pas le droit de s'afficher avec un tel blouson lorsqu'on s'appelle Marriott. Papa Steve, il faut s'en souvenir, fut le premier à jeter un pont entre mods et rockers en portant un cuir avec une paire de pantalons hipsters. Ceux qui se foutent de ce qu'ils nomment des détails sont les mêmes qui ne savent pas faire la différence entre une guitare Rickenbacker et une Ibanez ou entre les feulements de Wanda Jackson et les braillements de Pat Benatar (nous y reviendrons). Molly n'est plus une jeune pucelle, elle a dépassée la trentaine, enregistrée des chœurs pour des gens de la trempe de Wilko Johnson, et Paul Weller (trop fidèle, lui aussi) joue sur deux titres : elle n'avait donc pas le droit de nous infliger ce bousin. La fille sait chanter (on pourra éventuellement lui reconnaître un timbre oscillant entre Emmylou Harris et Lou Ann Barton), mais la musique respire le rock sans rock (et sans roll) très vaguement teintée d'un semblant de country, en fait du papier peint découpé au kilomètre et que seuls les amateurs de Pat Benatar (il paraît qu'ils ne sont pas tous décédés) pourront apprécier. Je me suis infligé la torture jusqu'au bout, des fois qu'une pépite se serait cachée dans un recoin - las, rien n'est à sauver dans cette mélasse. Mon cœur est à l'agonie...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]           


01 - Control
02 - Broken
03 - Truth Is A Wolf
04 - Give Me A Reason
05 - Run With The Hounds
06 - Love Your Bones
07 - Transformer
08 - Fortunate Fate
09 - King Of Hearts
10 - My Heaven Can Wait
MP3 (320 kbps) + front cover