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mardi 6 novembre 2018

DULCE PONTES ~ O Primeiro Canto [1999]



VIAGEM A PORTUGAL # 5

Avec Mariza, Cristina Branco, Ana Moura, Mafalda Arnauth, Carminho, Katia Guerreiro, Dulce Pontes fait partie du trio de tête des jeunes chanteuses de fado qui ont entrepris de renouveler cette musique après les années noires de la dictature militaire. Alors, oui, je sais, cela fait beaucoup de monde pour un trio, mais il faut dire qu'il y avait alors fort à faire pour reconstruire l’image de cette musique polluée par trop de proximité avec le pouvoir de cette triste époque. Née en 1969 à Montijo, près de Lisbonne, Dulce José Silva Pontes a donc un peu d'avance sur ses sœurs d'arme. A l'âge de dix-huit ans, elle hésite entre la chanson et le cinéma avant de représenter la Portugal au concours de l'Eurovision 1991 où elle finit à une très honorable huitième place. Une performance qu'elle ne doit qu'à ses qualités vocales. La chanson, quant à elle,  était vraiment mauvaise, les perles sont rares dans les eaux troubles de l’Eurovision. Au fil des années, son intérêt pour le fado et les autres musiques traditionnelles se renforce. Elle collabore avec les irlandais de The Chieftains, les grecs Eleftheria Arvanitaki et George Dalaras, le catalan Joan Manuel Serrat, l'italien Ennio Morricone et les jazzmen Wayne Shorter et Trilok Gurtu. Elle se produit au Royal Albert Hall (de Londres) et au Carnegie Hall (de New-York). Malgré la préférence de Dulce Pontes pour O Coração tem 3 portas qu’elle considère comme son album le plus abouti, j'ai choisi de vous présenter O Primeiro canto (à ne pas confondre avec le précédent Canto primeiro de Beatriz Nunes), parce qu'on y entend la fadiste dans une grande variété de styles. De la pop la plus anodine jusqu'au fado le plus traditionnel, on en passe par ce qu'on nommerait aujourd'hui "classical crossover" et quelques pointes de flamenco.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

Je vais m'autoriser un petit supplément, parce que j'ai adoré cet album. Voici un disque long en bouche, mais sublime du début jusqu'au final. Si la voix de Dulce Pontes est exceptionnelle, les musiciens sont loin d'être en reste. Ce O Primeiro canto est d'une générosité extraordinaire, d'un éclectisme qui éclate (toujours avec grâce !) toutes les barrières et toutes les frontières. L'ami Zocalo évoque une grande variété de styles et je le trouve bien sage dans cette déclaration. Cet album, c'est une fusée en fusion ! Elle survole le monde (il y a, par exemple, un très beau détour par l'Inde) pour insuffler un peu (beaucoup, passionnément, à la folie) de cette magie portugaise qui pourra bouleverser tous ceux qui ne se limitent pas aux éclairs des guitares électriques. A découvrir absolument !
Jimmy JIMI 

 
01 - Alma Guerreira (Fogo)
02 - Fado-Mãe 
03 - Tirioni
04 - O Primeiro Canto (Dedicado A José Alfonso)
05 - O Que For, Ha-De Ser (Ar)
06 - Modinho Das Salas
07 - Garça Perdida
08 - Velha Chica
09 - Ai Solidom
10 - Suite Da Terra
11 - É Tão Grande O Alentejo
12 - Pátio Dos Amores
13 - Porto De magoas
14 - Balada Para Un Loco
14 - Ondeia (Água)
15 - Patio De Los Amores [Spanish Version]
16 - A minha barquinha
MP3 (320 kbps) + front cover



lundi 5 novembre 2018

ALELA DIANE ~ The Pirate's Gospel [Deluxe Edition] [2CD] [2007]


Commençons par les choses qui fâchent. Je sais que je suis souvent très sévère, mais n'allez pas vous imaginer que c'est de gaîté de cœur... Après un premier essai auto-produit (Forest parade (2003)) plus que prometteur, Alela Diane toucha les cimes du grandiose avec ce Pirate's gospel (d'abord paru en auto-production avant de changer de pochette, d'être agrémenté d'une poignée de titres et de se voir offrir une distribution digne de ce nom). Si j'ai bien tout compris, la demoiselle ne se trouvant pas suffisamment géniale, elle prit des cours de chant et de guitare (et sans doute aussi de mode pour apprendre à se coiffer, se maquiller, s'habiller, rentrer dans les bonnes cases). Si la suite de cette merveilleuse aventure n'est jamais nulle, elle s'avère toujours plus policée, pour ne pas dire ennuyeuse. Oublions tout ça et replongeons nous dans ce chef-d’œuvre brut d'émotion... J'adore ne rien comprendre ! Depuis ma tendre jeunesse, j'ai écouté des centaines de filles chantant magnifiquement en s’accompagnant tout aussi joliment de leur seule petite guitare. Comment se fait-il que certaines parviennent encore à m'émouvoir jusqu'aux larmes avec une telle épure ? Je crois que la magie de ce disque provient essentiellement d'une étrange complication : sa voix est chargée d'innocence, mais elle paraît, aussi, voilée d'une sorte d'arrogance, comme si elle était trop grande pour elle, comme  si Amy Winehouse s'était glissée dans le corps d'une jeune vierge ! En le réécoutant, ce matin, j'ai retrouvé intactes les émotions qui m'avaient tant bouleversées, il y a déjà dix ans. Avec ce disque bonus, j'étais au bord de la liquéfaction en arrivant au boulot ! Alela raconta qu'elle savait à peine jouer de la guitare, à l'époque. Cela participe aussi grandement à la réussite de cette merveille. Comme elle manquait de savoir et de technique, il lui fallait fouiller les moindres recoins de son imagination et ne pas lésiner sur l'émotion. On dit, parfois, que des albums sont enregistrés avec trois fois rien; ne pourrait-on dire que celui-ci a été enregistré avec trois fois tout ?! Ce qu'Alela a gagné en savoir faire, elle l'a perdu en pureté - et je crains que cela ne se retrouve jamais. Consolons-nous avec cette nouvelle édition à peine traumatisante !
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]     

          
CD1 :
01 - Tired Feet
02 - The Rifle
03 - The Pirate's Gospel
04 - Foreign Tongue
05 - Can You Blame The Sky
06 - Something's Gone Awry
07 - Pieces Of String
08 - Clickity Clack
09 - Sister Self
10 - Pigeon Song
11 - Oh! My Mama
CD2 : 
01 - Heavy Walls
02 - Gypsy Eyes
03 - Laundromat Lady
04 - Pink Roses
05 - Tired Feet [Alternate Take]
06 - Blackberry
07 - Fay Clark
08 - Golden
09 - Mind Yourself
10 - Silent Slam
MP3 (320 kbps) + front cover

 

vendredi 26 octobre 2018

La Balade de Tony Joe


Désormais, avec Internet, on apprend quasiment le décès des artistes en temps réel (bientôt, peut-être, via sa webcam, on pourra pénétrer dans la chambre d'hôpital). Ensuite, chacun poste une photo sur Facebook, accompagnée d'une petite phrase bien sentie (c'est à dire, en général, tout à fait clichée) avant de retourner vaquer à ses occupations. Aujourd'hui, ma principale occupation va consister à n'écouter aucune note de musique, parce que j'ai besoin de silence pour me souvenir. Demain, si j'en ai le courage, je jouerais quelques chansons de l'époque Monument ou Warner, à moins que je n'opte pour son dernier album. Son fils a dit qu'il n'était pas malade, qu'il n'avait pas souffert - c'est le cœur qui a lâché, voilà... Je n'ai jamais beaucoup fantasmé sur l'Amérique ; pour moi, ce pays est trop grand, et j'ai l'impression de m'y perdre, même au milieu de mes rêveries, mais je poussais souvent jusqu'au jardin de Tony Joe... Si Tony Joe White n'était pas un génie (ce qui reste à prouver), c'était au moins un maître. En apprenant sa disparition, j'ai repensé à un dialogue de mon feuilleton. Dans ce chapitre, les protagonistes se retrouvent dans leur bar préféré (Un Joli Nom), après leur entrée en fac. Depuis l'école primaire, c'est la première fois qu'ils sont séparés, et leurs nouveaux condisciples ne semblent pas à leur goût. Le narrateur dit : "[...] j'ai pas trop eu le cœur à leur parler, ils ont presque tous des têtes à s'expédier dans les pommes (blettes) en écoutant Mark Knopfker singeant Eric Clapton en train d'imiter J.J. Cale essayant de sonner tel Tony Joe White !" Les malentendants auront tendance à vous dire que tous ses albums se ressemblent (ces gens-là ignorent la signification du mot : "nuance") et ils n'ont peut-être pas tout à fait tord, mais quand on a trouver la formule magique, à quoi bon en changer ? Voilà, au final, Tony Joe n'était peut-être ni un génie ni même un maître, mais un magicien. La combinaison de sa voix et de sa guitare vous entraîne bien plus loin que les (trop) fameux marécages, dont on n'a pas fini de nous rebattre les oreilles. J'ai bien peur de ne pas trouver d'autres mots à vous proposer, en ces instants funestes, mais j'y reviendrai bientôt...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 


mercredi 24 octobre 2018

Never never...


Pendant ces longues années à bloguer, j'ai rédigé de très nombreux billets concernant les disques que j'adore. De temps en temps, je me suis également autorisé à en égratigner quelques-uns. Aujourd’hui, je désire vous entretenir au sujet d'un album que je n'ai même pas envie d'écouter ! Nous vivons une époque formidable durant laquelle nous nous sommes habitués aux disques remasterisés, aux disques remixés, aux disques intégralement repris dans les conditions du concert, aux disques en version demo, aux disques débordant de bonus, aux disques intégralement couverts par des fans. Cela aurait peut-être pu suffire à nous occuper. C'était sans compter sur les "copains" de David Bowie. En effet, une bande d'énergumènes s'est mis en tête de réenregistrer Never let me down (1987). De la version d'origine (pas bien passionnante, je vous l'accorde), ils n'ont conservé que la voix de Bowie (dommage, chantée par votre voisin d'en face, l'affaire eut été marrante !) et sa guitare acoustique. Pour le reste, ils ont tout jeté aux orties et prié les braves participants à l'aventure originelle de demeurer sagement chez eux, pendant qu'ils se chargeaient de remettre les pendules en place (quitte à modifier certaines grilles d'accords). On sait que Bowie ne goutait guère cet album, mais, à mon humble avis, s'il avait désiré qu'il soit réenregistré, il s'en serait chargé avant de disparaître. Dans quel bourbier allons-nous nous enfoncer encore si tous les "copains" des chanteurs décédés se mettent à réenregistrer les disques plus ou moins ratés de leurs petits camarades ? Le révisionnisme me débecte à un point que je ne saurais exprimer. 
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

 

lundi 22 octobre 2018

MARILINA BERTOLDI ~ Prender Un Fuego [2018]



Il existe des familles touchées par la grâce. Lorsque papa Bertoldi commence à faire écouter des disques de AC/DC et Aerosmith à ses deux filles, il ne se doutait pas qu'il contribuerait à changer la musique rock de son pays. L'aînée, Lula, forme son premier groupe à quatorze ans. Elle joue actuellement au sein de Eruca Sativa, l'un des groupes les plus intéressants de la scène argentine. Marilina, sa petite sœur de trois ans sa cadette, quitte sa famille avec sa guitare sous la bras pour s'installer seule à Buenos Aires. Elle publie sur YouTube un morceau acoustique où l'énergie de la jeune rockeuse de dix-neuf ans transperce l'écran.  La vidéo fait le buzz dans la capitale. Puis elle monte le groupe Marilina Connor Questa, un jeu de mots sur "Marilina con orquesta", je ne vous fais pas l'injure de traduire. Connor Questa rencontre un succès énorme en Argentine et commence à tourner en Amérique latine. C'est en pleine gloire que Marilina met un terme à l'expérience pour se lancer dans une carrière solo. En avril 2016 sort Sexo con modelos, un album coup de poing qui marque les esprits et occupe nuit et jour toute la bande FM (et AM, il en reste encore !) de la capitale. Samedi 13 et dimanche 14 octobre, Marilina assurera à Buenos Aires la présentation de son second album, Prender un fuego, qu'elle a produit elle-même. C'est donc en avant-première que je vous invite à découvrir cet album dont le son doit beaucoup aux arrangements du britannique Matt Colton (Muse, Coldplay, Peter Gabriel, Christine and the Queen, etc.).
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

 
01 - O No
02 - Fumar De Día
03 - La Casa De A
04 - Nunca
05 - Correte
06 - China
07 - Tito Volvé
08 - Intervalo
09 - Techo
10 - Remis
11 - Prender Un Fuego
MP3 (320 kbps) + front cover
COOL 134 

mercredi 10 octobre 2018

BEN VAUGHN ~ Imitation Wood Grain And Other Folk Songs [2018]


"Alright, tchick-a-tchick-tchick-tchick."
J’ai l’impression que cette année les pépites tombent du ciel (si vous voulez la liste il suffit de la demander) et qu’Yggdra a raison : à ce rythme-là on va jamais y arriver, surtout si TJW s’y met. D’un côté ça m’arrange, flemmard comme je suis ça me donne une excuse pour pas m’étaler dans ces parages : "je sais pas quoi choisir, je sais pas par où commencer." Du coup si l’idée c’est de rendre service (un crédo chez moi) le mieux c’est de pas vous emmerder trop longtemps. 33 minutes, c’est la durée de ce disque, voyez, ça sera pas long (le dernier Ron Gallo que j’écoute à l’instant culmine à 35 ça fait déjà trop). Et la dernière fois qu’un disque faisait 33 minutes vous ne vous en souvenez même plus mais c’était un 33T (haha!), soit de JJ Cale soit des faux-frangins Ramoneurs. Tentant serait le raccourci suivant et vous l’attendez au tournant :  "et justement, si on croisait l’un avec les autres"… que dalle, n’y comptez pas ! Pas non plus de temps à perdre à analyser la production ou la richesse de l’instrumentation là y a qu’une voix et une guitare, autant dire que c’est du frugal. Enfin non, y a aussi une trompette. C’est avec sa bouche qu’il fait la trompette mais on s’y croirait. Ah, la chambre d’écho aussi il la fait très bien, mais comment vous dire, mais comment vous dire, j’aurais du mal à la décrire, j’aurais du mal à la décrire. Ben Vaughn est un drôle de lascar, ses morceaux les plus guillerets sont parfois les plus noirs, et vice-versa, et derrière la légèreté d’un couplet vous reviendra la férocité, souvent auto-dirigée, du propos. Le plus fort étant que ça sautera aux oreilles de tous, même ceux peu roués aux subtilités de la langue de Shakespeare (dont il paraît qu’elle était pâteuse tous les matins vu qu’il se torchait la gueule tous les soirs, mais c’est une autre histoire). Les textes de Ben Vaughn sont d’une accessibilité déconcertante, il suffit d’un minimum d’attention pour tout capter, et croyez-moi la récompense est au bout de l’effort. Goûtez-moi donc ce florilège miraculeux de fausse naïveté, de douce-amertume, d’humour décalé, de bonne humeur malgré tout et de culture rock’n’rollienne profonde. Cette culture se glissera en douce, sans ostentation aucune, au détour de petites phrases ou dans le titre même de certaines chansons de cet Imitation grain and other folk songs qui, comme sa pochette et son titre en témoignent, ressemble à une petite récréation que l’ami Ben (ça c’est de la formule !) se serait accordée entre ses activités multiples et variées que je vous laisserai découvrir ailleurs si ça vous intéresse. Sachez juste qu’il diffuse une émission radio hebdomadaire, pas de tabouret dans le studio parce qu’"assis tu peux pas danser", compose des génériques Ciné-TV, produit d’autres artistes, a enregistré des disques tout seul dans sa voiture ou dans le désert, avec différents groupes, et même avec Kim Fowley ou Chilton & Vega (si-si!), ça c’est pour le boulot, et possède Metal machine music en cartouche 8 pistes pour l’écouter dans sa voiture, ça c’est pour la culture (et en plus ça rime). De mon côté, dès le jour où j’ai acheté Blows your mind (c’était un 33T qui durait plus de 33 mn), juste parce que j’en trouvais le nom du mec et la pochette géniaux, je me suis décrété Plus Grand Fan du Monde de Ben Vaughn, en accord avec moi-même. C’est un peu prétentieux mais c’est pas grave, à part vous personne n’est au courant. Depuis ce jour de 1988 jamais le  loustic ne m’a déçu. Certes il faut parfois batailler ferme pour trouver ses enregistrements, ou compter sur le hasard, mais le résultat en vaut toujours la peine, comme l’effort cité plus haut. On n’a rien sans rien. Imitation wood grain, bien qu’un peu à part dans sa discographie, m’a transporté dès la première mesure dans cet univers dans lequel je me sens comme chez moi, si ce n’est que chez moi y a des tabourets. Pourtant l’exercice du disque acoustique ultra-dépouillé c’est casse-gueule (sauf quand on s’appelle, au hasard, Tony Joe) et le résultat oppose régulièrement l’attitude : "il est génial ce disque", au comportement : "je ne l’écoute jamais". Moi j’ai un truc si je veux pas me mentir, je jette un coup d’œil au compteur iTunes. Alors certes Jurado écrase la concurrence mais au milieu d’une cuvée 2018 d’une richesse étonnante (si vous voulez la liste etc.) ce Ben Vaughn… bah ce Ben Vaughn je l’écoute tout le temps quoi. Et chaque fois que je l’écoute, devinez quoi : il Blows my mind. Conclusion pourrie, c’était juste pour voir si vous suiviez.
Everett W. GILLES [Please take some time and leave a comment !]
 

 
01 - When Love Returns
02 - People It's Bad
03 - Meanwhile (Back In The Jungle)
04 - Look What The Cat Dragged In
05 - Imitation Wood Grain
06 - Rock Bottom
07 - Rain Songs
08 - Echo Chamber Blues
09 - Somebody Don't Love Somebody
10 - Apropos Of Nothing
MP3 (320 kbps) + front cover