ARCHIVES

mercredi 14 novembre 2018

Gargantua au pays du rock'n'roll


Facile, j'ai la solution : il suffit de réduire ses nuits à deux heures de sommeil ! Noël approche et les coffrets tombent comme grêle. Evidemment que tout ça existe pour générer du pognon, vous pensiez que c'était uniquement pour faire plaisir aux fans ou par amour de l'Histoire de l'Art ?! On ne va quand même pas se plaindre : en notre époque formidable, non seulement, personne n'est obligé d'attendre Noël, mais, en plus, on n'est même pas obligé de passer par la caisse. Si les maisons de disques continuent à usiner du Deluxe et compagnie, c'est que ça doit marcher. En cette période où tout doit toujours aller plus vite et où l'on compile les compilations, je trouve ça plutôt chouette (et sain), finalement, que des gens aient envie de s'offrir des coffrets débordant de versions alternatives et autres fonds de tiroirs... J'en étais encore à tenter de venir à bout des huit disques constituant le coffret de Sa Majesté Bobbie Gentry (un machin qui se rapproche dangereusement de l'idée que je me fais de la perfection), quand le More blood, more tracks (six disques) de Bob Dylan est tombé prématurément dans la cheminée, aussitôt suivi de la version cinquantième anniversaire (trois disques) du Ogdens’ nut gone flake des Small Faces, lui même accompagné du Electric Ladyland (trois disques) de Jimi Hendrix, bientôt rejoint par le White album (six disques) des Beatles ! Pardonnez-moi, je vais plonger mes oreilles dans une bassine d'eau glacée, et je reviens... A une époque pas si lointaine, il fallait s'aventurer dans des quartiers louches, pousser la porte de boutiques à peine éclairées et dépenser l'équivalent de plusieurs mois de salaire pour espérer écouter la moitié de ces trucs dans des versions souvent à la limite de l'inaudible. Aujourd'hui, en échange de quelques clics, tout ça tombe par magie dans votre ordinateur, et rafraîchit de main de maître par des ingénieurs surqualifiés ! Je ne vais pas vous détailler tout le bazar (il me reste encore quelques nuits de veille), mais vous n'allez plus tarder à comprendre où je veux en venir. Evidemment, même les plus fadas n'écouteront jamais ces disques bonus aussi souvent qu'ils se délectèrent des originaux; l'immense majorité n'y retournera guère plus d'une fois l'an - et pourtant... Hier soir, le Beatles m'a mis en joie de façon extraordinaire. Pour qu'une chanson tienne sur le sillon, il ne suffit pas d'écrire des paroles et de composer une musique ; ensuite, il faut tripatouiller tout un tas de machins plus ou moins délicats pour éviter qu'elle ne blesse l'oreille après seulement trois écoutes. Ici, on s'assoit le plus discrètement possible dans un petit coin, et l'on regarde faire les génies. Ils posent d'abord les bases dans des versions acoustiques, ils laissent reposer, et puis, ils touillent et touillent encore. Des chansons vont être définitivement abandonnées, d'autres resurgiront plus tard. L'important est ailleurs. Je ne vais prendre qu'un exemple - mais quel ! Helter skelter : un jour, forcément, toutes les oreilles averties ont été bouleversées par ce chef-d’œuvre proto-punk.  Eh bien, il faut en découvrir les balbutiements : c'est comme regarder Picasso dans l'inoubliable film d'Henri-Georges Clouzot. Les Beatles l'étire tout au long d'un lent boogie pour le moins poisseux à la manière d'un Tony Joe, c'est déjà plus que fascinant, jusqu'à ce que George (je crois bien que c'est George) décoche un truc bizarre (qui n'a toujours rien à voir avec la version finale) totalement décadent, que l'on pourrait situé quelque part entre le Velvet et Television ! Rien que pour ce moment-là, moi, j'ai envie de dire : merci, Monsieur Deluxe !  Je bavarderais bien plus longtemps avec vous, mais j'ai encore quelques galettes qui me réclament. Pour ceux qui ne sont pas habitués à chercher, je tiens les bonnes adresses à leur disposition.
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]        



lundi 12 novembre 2018

TONY JOE WHITE ~ The Complete Warner Brothers Recordings [C. 2015]


Pour le néophyte, j'aurais peut-être dû commencer par le début, soit trois inusables trésors parus sur le label Monument (avec ses plus gros succès, des merveilles du calibre de Polk salad Annie (plus tard couvert par le "King" en personne) ou l'insurpassable Rainy night in Georgia), mais, à l'annonce de sa disparition, j'ai repensé à ma propre découverte du grand homme, via les albums Warner. J'étais encore tout minot (troisième année de collège, si je me souviens bien) et le traumatisme fut sévère ! Cette après-midi-là, mon petit porte flouze était bien garni; j'avais largement de quoi repartir avec un lourd sac de ma boutique préférée, et, pourtant, je ne suis rentré dans ma chambrette qu'avec celui qui tournait sur la platine, au moment où j'avais poussé la porte. Oui, il y avait des jours, comme ça, où l'on n'avait pas le temps de passer tous les bacs en revue, où il fallait retourner chez soi au pas de course pour autopsier dans l'urgence ! Pour un gamin, écouter Tony Joe White, c'est un peu comme s'enfiler un bourbon de cent ans d'âge ! "J'ai connu une Polonaise qu'en prenait au petit-déjeuner... Faut quand même reconnaître qu'c'est plutôt une boisson d'homme. - Vous avez beau dire, y'a pas seulement que d'la pomme, y a aut'chose... ça serait pas des fois de la betterave ? - Si, y'en a aussi..." Bref, la première gorgée peut éventuellement brûler un peu le palais, et puis, au fil des titres, les arômes se développent sur la langue. Evidemment, la voix et la guitare font le plus gros du boulot, mais les arrangements sont généreux tout en demeurant mesurés. On pourrait appeler ça : l'harmonie. Les albums de Tony Joe sont souvent très riches, mais jamais gras ou lourds. Il y a de tout, mais sans frime, sans fioriture : juste ce qu'il faut, quand il faut et là où il faut. Certaines chansons paraissent simples, d'autres nettement plus mystérieuses, mais toutes coulent comme source. Souvent, quand j'écoute Tony Joe, je me demande pourquoi je continue à me casser la tête à écouter autre chose ! Dans les commentaires du précédent post dédié à Monsieur White, l'ami Ernesto Violin écrivit ces mots magnifiques : "Un peu trop limité à l'image "swamp". Le pauvre était à l'aise partout : d'un côté les boogies poisseux, chaloupés, où il raconte des histoires d'un air détaché avant de grogner comme un ours, guitares aux graves charognards... ou des ballades qui portent le regard au loin. Un sens de l'économie qui rend ses chansons "pures", un peu magiques, on peut les écouter mille fois..." J'envie ceux qui vont s'expédier dans les vapes en entendant tous ces chefs-d’œuvre pour la première fois. 
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]    
   


CD1 :
01 - They Caught The Devil And Put Him In Jail In Eudora, Arkansas 
02 - The Change
03 - My Kind Of Woman
04 - The Daddy
05 - Black Panther Swamps
06 - Five Summers For Jimmy
07 - A Night In The Life Of A Swamp Fox
08 - Traveling Bone
09 - I Just Walked Away
10 - Copper Kettle
11 - Voodoo Village
12 - Lustful Earl And The Married Woman
13 - Delta Love
14 - That On The Road Look
15 - I've Got A Thing About You Baby
16 - The Family
17 - If I Ever Saw A Good Thing
18 - Beoul River Road
19 - The Train I'm On
20 - Even Trolls Love Rock And Roll
CD2 :
01 - As The Crow Flies
02 - Take Time To Love
03 - 300 Pounds Of Hongry
04 - The Migrant
05 - Sidewalk Hobo
06 - The Gospel Singer
07 - Saturday Night In Oak Grove Louisiana
08 - For Ol' Times Sake
09 - I Want Love ('Tween You And Me)
10 - Homemade Ice Cream
11 - Ol' Mother Earth
12 - Lazy
13 - California On My Mind
14 - Backwoods Preacher Pan
15 - Talkin' The Midnight Train
16 - No News Is Good News
17 - Did Somebody Make A Fool Out Of You
18 - Sign Of The Lion
19 - Don't Let The Door (Hit You In The Butt)
20 - Wishful Thinking
MP3 (320 kbps) + front cover


 

jeudi 8 novembre 2018

THE RESIDENTS ~ Intruders [2018]


"I was running away."
Il ne manquait vraiment plus qu’eux pour que cette année 2018 soit… ZZzzzzz-scrouichhhh… tu voulais plomber l’ambiance, t’enchaînais le Residents après le Devo et baaam, j’crois que le disc-jockey, en toutes lettres, de l’Escargot il le faisait ce branleur, les mecs se barraient tous et après ils fermaient. La chose la plus étonnante dans tout ça c’est que. Jaune, il était jaune le vinyl ah comment je faisais trop le beau avec. Et là figure-toi qu’enfin, y a trois jours, non parce que longtemps je me suis contenté de savoir qu’il existait. Comment j’ai été déçu quand j’ai appris que Snakefinger était anglais. Putain Voodoo Doll mais c’est beau à pleurer, c’est quand j’ai vu le post chez Marius que je me suis décidé, après avoir longtemps hésité parce que j’hésitais mais au fond il valait mieux. Il est mort Snakefinger, paraît qu’il était hyper-cool (pour un anglais.) Hardy Fox aussi est mort, hier. Le plus étonnant dans tout ça, comme je le disais plus haut. Alors c’est sûr tout le monde les connaît et parfois ça suffit y a pas vraiment besoin d’écouter ni d’aimer ça, moi j’en étais un peu là c’est quand même soit une énigme soit les mecs ont raison y a une explication oui mais laquelle… eeeeeeek-scratch le dadaïsme ha ! Et mon cul sur la commode, il est à dada lui aussi ? I Can Get Nooooooooooooooowwwooohhh… Mais j’adore Third Reich’n Roll, je viens de le décider, c’est ça qui s’est passé y a trois jours, je l’ai réécouté, alors j’ai bien lu l’explication sur son titre et la pochette il paraît que pour Sergent Pepper y avait une statue en carton qu’on a retrouvée plus tard et tout et tout mais moi j’m’en balance mon truc c’est la musique et d’ailleurs je voulais vous dire un truc, c’est en rapport avec la musique mais je. Ce que je préfère c’est quand même. C’est un album de reprises, le jeu, passqu’en fait elles sont pas sur la pochette… Satisfaaaaaaakchwiiiooiinnngg… t’aimes ça Jimmy les reprises, je le sais… c’est de les découvrir mais c’est facile y a la liste dans Wiki-wiki-wikiiiii, non-non tu ne l’as pas rêvée A Horse with no name tu l’entends mais pas vraiment non plus elle est cachée sous euh sous quoi déjà… mais ils en ont sorti des dizaines de disques, aucun être humain n’a pu tous les écouter c’est pas possible, tu peux pas faire ça, même les pandas font pas ça. Le plus étonnant dans tout ça, figure-toi. Moi-même Third Reich non je voulais parler de oui c’est ça, c’est celui avec les Beatles que j’avais, un procès ouais mais comment ils ont fait pour les retrouver ? Meet The Residents c’est celui-là avec les Beatles et moi ben moi c’est Pleased To Meet Me et parfois quand je pense à l’un je pense à l’autre mais y en a qu’un que j’écoute mais Meet, y a Meet dans les deux. Alors Dick Clark je le connais pas non plus c’est juste qu’il symboliserait la daube commerciale et aurait touché des pots-de-vin (si c’est pour faire de la daube le vin y a pas besoin d’un pot non plus, une demi-bouteille suffit) en plus c’est ça ? En tout cas il est mignon avec sa carotte à la main, ouais la carotte aussi y en a dans la…  Le plus étonnant dans tout ça, et je compte bien sur vous pour me contredire. Tout le monde, je dis bien tout le monde, a une histoire propre avec les Residents, moi la mienne hé ben c’est simple, vous voulez peut-être que je recommence, c’est un vinyle jaune et Devo c’était quand même un an plus tard mais non j’en suis sûr vous voulez pas. C’est qui la nana qui chante ? Mais non The Commercial album n’a rien à voir avec Dick Dale. Dick Clark pardon. Putain c’est qui Dick Clark ? Si je le retrouve mon 45T en vinyle jaune je vous le mets en photo avec sa pochette qu’elle est cool et elle dit, mais faut soit tourner la tête comme un débile soit faire pivoter le truc, c’est vous qui voyez "The Residents are practically japanese but no one knows", et le vinyl il était jaune je vous l’ai dit que le vinyl était jaune ? Vinyl ? Vinyle ? Jaune ? Jôôône ? Mais quand même, un groupe qui existe depuis les 60’s et qui continue oui y a bien les biiiip et les biiiip et puis aussi les biiiip oui t’as raison y en plein. Un jour va falloir que j’apprenne à écrire sur la musique parce que raconter (mal) des histoires ça va un moment mais les gens vont se fatiguer à la longue. En plus là le piège s’est refermé, tu peux raconter ce que tu veux la réalité est bien pire/mieux/maman qu’est-ce qu’y dit le monsieur ? C’est que leur dernier disque est parfaitement écoutable, de bout en bout, je vous ai invités un peu plus haut à me contredire mais c’est pas la peine puisque vous l’écoutez et c’est exactement ce que vous pensez, c’est le plus étonnant dans tout ça et encore, étonnant, c’est vous qui le dites, on est en 2018 faut plus s’étonner de rien. Ou alors des phrases plus courtes, oui c’est bien ça les phrases courtes, chaque morceau du Commercial album, et y en a 40, faisait une minute, c’est con z’auraient du en mettre 60, mais avec les blancs iTunes ils te les annonce à 1’03 ou 1’04, je sais pas si y a moyen d’aller au tribunal avec ça, c’est bien les phrases courtes surtout surtout le truc c’est que t’as pas besoin de virgules (ni de parenthèses). Intruders qu’il s’appelle. C’est toi l’intrus oui. Moi j’y retourne, ça y est j’ai fini d’être étonné même si étonné, on vient d’en parler, c’est pas si simple et vous vous faites ce que vous voulez. Vous connaissez les Residents ? Oui bien sûr, qui ne connaît pas les Residents ? Moi M’sieur ! Moi M’sieur ! Tais-toi Dick, mange ta carotte. Tout le monde a quelque chose à dire sur les Residents. Un jour va falloir que j’apprenne à écrire sur la musique parce que raconter (mal) des histoires ça va bien mais les gens vont se fatiguer à la longue. On est le 1er novembre, Hardy Fox est mort hier. Un jour va falloir que j’apprenne à écrire sur la musique parce que raconter (mal) des histoires ça va bien mais les gens vont se fatiguer à la longue.
Everett W. GILLES [Vous prendrez bien le temps d’un petit commentaire !]
 
 
 
01 - Bobbie's Burning Blues
02 - Voodoo Doll
03 - The Scarecrow
04 - Frank's Lament
05 - Missing Me
06 - Still Needy
07 - The Other
08 - Good Vibes
09 - Endless And Deep
10 - Running Away
11 - Shadows
MP3 (320 kbps) + front cover
 
 

mardi 6 novembre 2018

DULCE PONTES ~ O Primeiro Canto [1999]



VIAGEM A PORTUGAL # 5

Avec Mariza, Cristina Branco, Ana Moura, Mafalda Arnauth, Carminho, Katia Guerreiro, Dulce Pontes fait partie du trio de tête des jeunes chanteuses de fado qui ont entrepris de renouveler cette musique après les années noires de la dictature militaire. Alors, oui, je sais, cela fait beaucoup de monde pour un trio, mais il faut dire qu'il y avait alors fort à faire pour reconstruire l’image de cette musique polluée par trop de proximité avec le pouvoir de cette triste époque. Née en 1969 à Montijo, près de Lisbonne, Dulce José Silva Pontes a donc un peu d'avance sur ses sœurs d'arme. A l'âge de dix-huit ans, elle hésite entre la chanson et le cinéma avant de représenter la Portugal au concours de l'Eurovision 1991 où elle finit à une très honorable huitième place. Une performance qu'elle ne doit qu'à ses qualités vocales. La chanson, quant à elle,  était vraiment mauvaise, les perles sont rares dans les eaux troubles de l’Eurovision. Au fil des années, son intérêt pour le fado et les autres musiques traditionnelles se renforce. Elle collabore avec les irlandais de The Chieftains, les grecs Eleftheria Arvanitaki et George Dalaras, le catalan Joan Manuel Serrat, l'italien Ennio Morricone et les jazzmen Wayne Shorter et Trilok Gurtu. Elle se produit au Royal Albert Hall (de Londres) et au Carnegie Hall (de New-York). Malgré la préférence de Dulce Pontes pour O Coração tem 3 portas qu’elle considère comme son album le plus abouti, j'ai choisi de vous présenter O Primeiro canto (à ne pas confondre avec le précédent Canto primeiro de Beatriz Nunes), parce qu'on y entend la fadiste dans une grande variété de styles. De la pop la plus anodine jusqu'au fado le plus traditionnel, on en passe par ce qu'on nommerait aujourd'hui "classical crossover" et quelques pointes de flamenco.
ZOCALO [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 

Je vais m'autoriser un petit supplément, parce que j'ai adoré cet album. Voici un disque long en bouche, mais sublime du début jusqu'au final. Si la voix de Dulce Pontes est exceptionnelle, les musiciens sont loin d'être en reste. Ce O Primeiro canto est d'une générosité extraordinaire, d'un éclectisme qui éclate (toujours avec grâce !) toutes les barrières et toutes les frontières. L'ami Zocalo évoque une grande variété de styles et je le trouve bien sage dans cette déclaration. Cet album, c'est une fusée en fusion ! Elle survole le monde (il y a, par exemple, un très beau détour par l'Inde) pour insuffler un peu (beaucoup, passionnément, à la folie) de cette magie portugaise qui pourra bouleverser tous ceux qui ne se limitent pas aux éclairs des guitares électriques. A découvrir absolument !
Jimmy JIMI 

 
01 - Alma Guerreira (Fogo)
02 - Fado-Mãe 
03 - Tirioni
04 - O Primeiro Canto (Dedicado A José Alfonso)
05 - O Que For, Ha-De Ser (Ar)
06 - Modinho Das Salas
07 - Garça Perdida
08 - Velha Chica
09 - Ai Solidom
10 - Suite Da Terra
11 - É Tão Grande O Alentejo
12 - Pátio Dos Amores
13 - Porto De magoas
14 - Balada Para Un Loco
14 - Ondeia (Água)
15 - Patio De Los Amores [Spanish Version]
16 - A minha barquinha
MP3 (320 kbps) + front cover



lundi 5 novembre 2018

ALELA DIANE ~ The Pirate's Gospel [Deluxe Edition] [2CD] [2007]


Commençons par les choses qui fâchent. Je sais que je suis souvent très sévère, mais n'allez pas vous imaginer que c'est de gaîté de cœur... Après un premier essai auto-produit (Forest parade (2003)) plus que prometteur, Alela Diane toucha les cimes du grandiose avec ce Pirate's gospel (d'abord paru en auto-production avant de changer de pochette, d'être agrémenté d'une poignée de titres et de se voir offrir une distribution digne de ce nom). Si j'ai bien tout compris, la demoiselle ne se trouvant pas suffisamment géniale, elle prit des cours de chant et de guitare (et sans doute aussi de mode pour apprendre à se coiffer, se maquiller, s'habiller, rentrer dans les bonnes cases). Si la suite de cette merveilleuse aventure n'est jamais nulle, elle s'avère toujours plus policée, pour ne pas dire ennuyeuse. Oublions tout ça et replongeons nous dans ce chef-d’œuvre brut d'émotion... J'adore ne rien comprendre ! Depuis ma tendre jeunesse, j'ai écouté des centaines de filles chantant magnifiquement en s’accompagnant tout aussi joliment de leur seule petite guitare. Comment se fait-il que certaines parviennent encore à m'émouvoir jusqu'aux larmes avec une telle épure ? Je crois que la magie de ce disque provient essentiellement d'une étrange complication : sa voix est chargée d'innocence, mais elle paraît, aussi, voilée d'une sorte d'arrogance, comme si elle était trop grande pour elle, comme  si Amy Winehouse s'était glissée dans le corps d'une jeune vierge ! En le réécoutant, ce matin, j'ai retrouvé intactes les émotions qui m'avaient tant bouleversées, il y a déjà dix ans. Avec ce disque bonus, j'étais au bord de la liquéfaction en arrivant au boulot ! Alela raconta qu'elle savait à peine jouer de la guitare, à l'époque. Cela participe aussi grandement à la réussite de cette merveille. Comme elle manquait de savoir et de technique, il lui fallait fouiller les moindres recoins de son imagination et ne pas lésiner sur l'émotion. On dit, parfois, que des albums sont enregistrés avec trois fois rien; ne pourrait-on dire que celui-ci a été enregistré avec trois fois tout ?! Ce qu'Alela a gagné en savoir faire, elle l'a perdu en pureté - et je crains que cela ne se retrouve jamais. Consolons-nous avec cette nouvelle édition à peine traumatisante !
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]     

          
CD1 :
01 - Tired Feet
02 - The Rifle
03 - The Pirate's Gospel
04 - Foreign Tongue
05 - Can You Blame The Sky
06 - Something's Gone Awry
07 - Pieces Of String
08 - Clickity Clack
09 - Sister Self
10 - Pigeon Song
11 - Oh! My Mama
CD2 : 
01 - Heavy Walls
02 - Gypsy Eyes
03 - Laundromat Lady
04 - Pink Roses
05 - Tired Feet [Alternate Take]
06 - Blackberry
07 - Fay Clark
08 - Golden
09 - Mind Yourself
10 - Silent Slam
MP3 (320 kbps) + front cover

 

vendredi 26 octobre 2018

La Balade de Tony Joe


Désormais, avec Internet, on apprend quasiment le décès des artistes en temps réel (bientôt, peut-être, via sa webcam, on pourra pénétrer dans la chambre d'hôpital). Ensuite, chacun poste une photo sur Facebook, accompagnée d'une petite phrase bien sentie (c'est à dire, en général, tout à fait clichée) avant de retourner vaquer à ses occupations. Aujourd'hui, ma principale occupation va consister à n'écouter aucune note de musique, parce que j'ai besoin de silence pour me souvenir. Demain, si j'en ai le courage, je jouerais quelques chansons de l'époque Monument ou Warner, à moins que je n'opte pour son dernier album. Son fils a dit qu'il n'était pas malade, qu'il n'avait pas souffert - c'est le cœur qui a lâché, voilà... Je n'ai jamais beaucoup fantasmé sur l'Amérique ; pour moi, ce pays est trop grand, et j'ai l'impression de m'y perdre, même au milieu de mes rêveries, mais je poussais souvent jusqu'au jardin de Tony Joe... Si Tony Joe White n'était pas un génie (ce qui reste à prouver), c'était au moins un maître. En apprenant sa disparition, j'ai repensé à un dialogue de mon feuilleton. Dans ce chapitre, les protagonistes se retrouvent dans leur bar préféré (Un Joli Nom), après leur entrée en fac. Depuis l'école primaire, c'est la première fois qu'ils sont séparés, et leurs nouveaux condisciples ne semblent pas à leur goût. Le narrateur dit : "[...] j'ai pas trop eu le cœur à leur parler, ils ont presque tous des têtes à s'expédier dans les pommes (blettes) en écoutant Mark Knopfker singeant Eric Clapton en train d'imiter J.J. Cale essayant de sonner tel Tony Joe White !" Les malentendants auront tendance à vous dire que tous ses albums se ressemblent (ces gens-là ignorent la signification du mot : "nuance") et ils n'ont peut-être pas tout à fait tord, mais quand on a trouver la formule magique, à quoi bon en changer ? Voilà, au final, Tony Joe n'était peut-être ni un génie ni même un maître, mais un magicien. La combinaison de sa voix et de sa guitare vous entraîne bien plus loin que les (trop) fameux marécages, dont on n'a pas fini de nous rebattre les oreilles. J'ai bien peur de ne pas trouver d'autres mots à vous proposer, en ces instants funestes, mais j'y reviendrai bientôt...
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !] 


mercredi 24 octobre 2018

Never never...


Pendant ces longues années à bloguer, j'ai rédigé de très nombreux billets concernant les disques que j'adore. De temps en temps, je me suis également autorisé à en égratigner quelques-uns. Aujourd’hui, je désire vous entretenir au sujet d'un album que je n'ai même pas envie d'écouter ! Nous vivons une époque formidable durant laquelle nous nous sommes habitués aux disques remasterisés, aux disques remixés, aux disques intégralement repris dans les conditions du concert, aux disques en version demo, aux disques débordant de bonus, aux disques intégralement couverts par des fans. Cela aurait peut-être pu suffire à nous occuper. C'était sans compter sur les "copains" de David Bowie. En effet, une bande d'énergumènes s'est mis en tête de réenregistrer Never let me down (1987). De la version d'origine (pas bien passionnante, je vous l'accorde), ils n'ont conservé que la voix de Bowie (dommage, chantée par votre voisin d'en face, l'affaire eut été marrante !) et sa guitare acoustique. Pour le reste, ils ont tout jeté aux orties et prié les braves participants à l'aventure originelle de demeurer sagement chez eux, pendant qu'ils se chargeaient de remettre les pendules en place (quitte à modifier certaines grilles d'accords). On sait que Bowie ne goutait guère cet album, mais, à mon humble avis, s'il avait désiré qu'il soit réenregistré, il s'en serait chargé avant de disparaître. Dans quel bourbier allons-nous nous enfoncer encore si tous les "copains" des chanteurs décédés se mettent à réenregistrer les disques plus ou moins ratés de leurs petits camarades ? Le révisionnisme me débecte à un point que je ne saurais exprimer. 
Jimmy JIMI [Vous prendrez bien le temps d'un petit commentaire !]